Vol. 49/1 (2020)

ARTICLES
• PANAINO, Antonio; MARTORELLO, Franco. “The ‘Amphibology’ of the Time in Astrology : The King and the Rebel in Sasanian Astrological Literature”, p. 7-31.
Résumé
Cette étude examine la continuité idéologique et méthodologique adoptée entre l’Iran sassanide et le début de la tradition islamique dans les modèles astrologiques utiles pour une prévision politique et militaire concernant la destinée d’un rebelle. La comparaison entre les rapports donnés au roi Ardawān par ses astrologues (selon le Kārnāmag ī Ardaxšīr ī Pābagān, lorsque le jeune prince Ardaxšīr s’en fuit du control parthe), et les méthodes adoptées par Théophile d’Edesse pour rédiger sa prévision concernant les rébellions des années 758-759 levées contre son seigneur, le prince abbasside, le future al-Mahdī, démontre que l’assimilation directe entre l’esclave en fuite et un rebelle (avec tous les autres associations apotelesmatiques, fruit d’une élaboration déjà présente dans les traités de Dorothée de Sidon et Hephaestio Thebanus) n’était pas une innovation tardive élaborée par Théophane lui-même. Cette solution, en fait, correspond à cela adoptée pour la même situation dans le cadre sassanide dont elle même pourrait être éventuellement dérivée.

• KARGAR, Bahman; BINANDEH, Ali; KHANMOHAMADI, Behruz. “Excavations at Tepe Qalaychi, a Mannaean Site in Western Azerbaijan, Iran”, p. 33-55.
Résumé
Tepe Qalaychi a été découvert au sud du lac d’Urmia en 1985, puis fouillé en 1999-2004, à la suite du pillage du site. Ce dernier est daté de l’âge du Fer III, période de la culture mannéenne. Les découvertes les plus significatives incluent une stèle incomplète portant une inscription araméenne, habituellement appelée stèle de Bukan. L’article présente une sélection de briques à glaçure décorées effectivement trouvées dans les fouilles de 1999-2004. Qalaychi est identifié avec Izirtu, l’ancienne capitale de Manna.

• NASROLLAHZADEH, Cyrus; QEZELBASH, Ebrahim. “Une inscription funéraire inédite en moyen-perse tardif (Dašt-e Rum, Yāsuj, Iran)”, p. 57-70.
Résumé
Une nouvelle inscription funéraire en moyen-perse a été découverte en 2012 à Dašt-e Rum près de Yāsuj (province iranienne de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad). Si à ce jour de nombreuses tombes inscrites ont été retrouvées aussi bien en Iran qu’à l’extérieur de l’Iran, celle-ci est la première découverte dans cette province située au nord ouest du Fārs. Bien qu’elle ne porte pas de date, cette inscription pourrait, comme les autres, remonter aux premiers siècles de l’Hégire.

• KOOCHAKZADEH, Leila. “La charte de l’Anjoman-e Ma’āref de 1901 : Une source retrouvée de l’histoire de la reforme éducative en Iran”, p. 71-110.
Résumé
Le tournant des XIXe et XXe siècles est une période de bouleversements en Iran, parmi lesquels un mouvement de réforme de l’éducation, sous l’impulsion de l’Anjoman-e Ma‘āref, un organisme semi-institutionnel pour le développement de l’instruction. Son plan d’action pour la réforme scolaire avait été défini dans une charte publiée en 1901, dont on ne connaissait jusque-là qu’une traduction partielle en français. La redécouverte de l’original de ce document en persan est donc une aubaine pour les chercheurs travaillant sur l’histoire de l’éducation et sur l’histoire des relations culturelles entre l’Occident et l’Iran des Qājār. Le présent article propose une édition de cette source, ainsi qu’une traduction de l’introduction ne figurant pas dans la version française et une mise en comparaison de la version originale persane avec cette dernière. L’ensemble est suivi de l’édition de la lettre d’Ernest Bourgarel à Théophile Delcassé à laquelle cette charte était annexée, et qui permet de mettre en lumière son importance historique.

• KAZEROUNI, Alexandre. “Ḥājj Ḥoseyn Āqā Malek (1871-1972), sa bibliothèque et son musée à Téhéran : Bourgeoisie marchande pieuse et espaces publics culturels en Iran”, p. 111-144.
Résumé
Cet article interroge le rôle des marchands pieux, les tojjār, constitutifs d’un domaine privé en expansion entre les années 1870 et les années 1900, dans la production d’espace publics culturels non religieux en Iran au XXe siècle. Il le fait à partir du cas de la Bibliothèque et du Musée melli Malek, fondés à compter de 1937 par Ḥajj Ḥoseyn Āqā Malek (1871-1972) sous la forme de fondation pieuse ou vaqf. Cette étude donne à voir un rapport de force entre l’État et les marchands pieux, ainsi assimilables à une bourgeoisie, pour la définition de ce qui peut être qualifié de public ou de national. Elle montre notamment une expansion de la sphère publique de cette bourgeoisie marchande pieuse et l’affirmation de son acception particulière du nationalisme au-delà de son temps de désagrégation en tant que groupe social dans les années 1960.

COMPTES RENDUS p. 147-158.

Vol. 49/2 (2020)

ARTICLES
• RAFFAELLI, Enrico G. “Day-Name Titles, Content Titles, Mixed Titles : The Different Appellations of the Avestan Yašts 5, 8, 9, 15, 18 and 19”, p. 163-205.
Résumé
Cet article étudie les différents titres qui sont donnés dans la tradition zoroastrienne aux Yašts (hymnes) avestiques 5, 8, 9, 15, 18 et 19. Selon les cas ils incluent les noms des protagonistes de ces textes (titres avec contenu), ceux d’entités calendaires qui ne sont pas des protagonistes (titres avec nom du jour), ou les deux (titres mixtes). L’article étudie la relation entre les titres et les contenus de ces textes. À travers une analyse des sources, il reconstruit l’histoire ancienne de ces titres, en proposant que les titres avec nom du jour existaient à l’époque sassanide, tandis que les titres avec contenu et les titres mixtes ont été introduits plus tard.

• MARTÍNEZ-PORRO, Jaime. “The Written Transmission of the Vištāsp Yašt Ceremony”, p. 207-221.
Résumé
Le codex avestique F13, qui est conservé à la bibliothèque Meherji-Rana de Navsari, est un manuscrit très récent (XIXe siècle). La valeur de ce codex réside dans le fait que les textes qu’il contient, dont un Vištāsp Yašt, ont été copiés à partir de manuscrits beaucoup plus anciens auxquels nous n’avons pas la possibilité d’accéder. En effet, le Vištāsp Yašt et son colophon nous permettent de reconstituer beaucoup mieux l’histoire de la transmission de cette cérémonie, qui était jusqu’à présent relativement obscure et considérée comme assez récente, surtout en Inde. Grâce à ce codex, nous pouvons faire remonter sa transmission au XIIIe siècle et à la figure de Rōstam Mihrābān. Dans cette contribution, je présente les résultats de l’analyse du manuscrit et une proposition pour la transmission des manuscrits de Vištāsp Yašt en Inde et en Iran.

• ORSATTI, Paola. “The New Persian Perfect of the kard-astam Type : Materials for a Historical-Linguistic Interpretation”, p. 223-241.
Résumé
Cet article aborde la question de l’origine du parfait du type kard-astam du persan (le perfectum secundum, PRF II). Après une discussion des principales théories concernant la forme du participe et l’auxiliaire (būdan ‘être’ or ēstādan ‘se tenir debout’) dans ce type de parfait, on suggère que le PRF II fut développé à partir de l’extension de la 3sg du présent de l’auxiliaire ‘être’ d’abord à la 3sg, et après à toutes les personnes du prétérit moyen-perse, en fonction de marque du parfait. Le parfait judéo-persan du type [būdom hest] peut fournir un matériel de comparaison intéressant pour expliquer la forme du PRF II du persan: il semble représenter le même type de construction du parfait du persan littéraire, mais avec déplacement de l’auxiliaire après les désinences; un type de construction caractéristique aussi de l’ancien optatif (kard-am-ē ‘je faisais, j’aurais/avais fait’, avec hē, 3sg optative présent de h- ‘être’). Cette construction est préservée jusqu’aujourd’hui pour le parfait dans nombre de dialectes de l’ouest et du sud-ouest de l’Iran. Une forme de pétérit en persan manichéen avec ast à la 3sg (kird ast) peut contribuer à illuminer l’origine du PRF II du persan: dans l’hymne manichéen S9 kird ast a une valeur emphatique, et répond au besoin d’exprimer un clair sens de parfait, différent de celui de prétérit.

• FLOOR, Willem. “The Gates of Isfahan in the Safavid and Qajar Periods”, p. 243-274.
Résumé
Les noms des portes de la ville d’Ispahan apparaissent souvent dans les sources persanes et européennes bien qu’il ne reste plus de trace aujourd’hui de ces constructions. Leur identification pose un défi: toutes n’étaient pas des portes de la ville proprement dites et certaines avaient plusieurs noms, ce qui a créé une confusion chez les voyageurs qui les décrivaient. Pour y rémédier, le présent article s’attache à identifier les noms et les emplacements des portes d’Ispahan aux époques safavide et qadjare.

• BROMBERGER, Christian. “Le statut des femmes au Gilān : Un sujet controversé”, p. 275-294.
Résumé
Parmi les traits spécifiques de la société régionale, on retient volontiers le statut des femmes qui tranche avec celui que l’on connaît ailleurs en Iran. Mais deux visions contradictoires s’opposent; d’un côté des éléments plaident pour un statut supérieur des femmes à celui qui prédomine dans d’autres régions d’Iran (une scolarisation féminine plus importante, une division des espaces et des tâches originale…); de l’autre des éléments accréditent une surexploitation du travail agricole féminin (repiquage du riz, sarclages des rizières). Ces deux points de vue contradictoires sont-ils incompatibles? Un examen général de la position des femmes dans le monde paysan confirme la première hypothèse; une analyse du travail féminin dans la paysannerie pauvre avalise la seconde. Les tâches les plus pénibles sont effectuées par les paysannes les plus défavorisées. La contradiction n’est donc qu’apparente; elle reflète une différence sociale. Cette analyse est fondée sur une longue recherche de terrain menée dans les dernières décennies du XXe s. et la première du XXIe s. (période de référence de cet article) au sein de la paysannerie du Gilān.

COMPTES RENDUS p. 297-315.