Vol. 44/1 (2015)

ARTICLES
• M. GAILLARD, “Les origines d’Abu Moslem: de l’incertitude historique à la vraisemblance légendaire”, p. 7
Résumé
L’évolution du personnage d’Abu Moslem en figure légendaire, puis mythique, peut s’observer à travers deux ouvrages représentatifs de la prose narrative persane : l’Abu Moslem Nāme (Abu Ṭāher-e Ṭarṭusi, Ve-VIe/XIe-XIIe s.) et le Joneyd Nāme (Abu Ḥafż-e Kufi, IXe/XVe s.). Exploitant la période de la jeunesse du personnage, l’Abu Moslem Nāme attribue d’abord à celui-ci la plupart des caractéristiques du héros épique. Le récit ne s’étant toutefois pas affranchi des impératifs historiques relatifs aux origines de son héros, c’est sur ce point qu’interviendra ensuite le Joneyd Nāme. En tant que pure fiction, le Joneyd Nāme se livre en toute liberté à une réélaboration de ces origines, concourant ainsi au processus de mythification du personnage. Remontant dans la lignée du protagoniste de l’Abu Moslem Nāme, il forge à son intention une ascendance noble et surnaturelle et le dote d’un héritage de bravoure exemplaire.
Mots clés: Abu Moslem-e Xorāsāni ; Abu Moslem Nāme (Abu Ṭāher-e Ṭarṭusi) ; Joneyd Nāme (Abu Ḥafż-e Kufi) ; figure légendaire ; mythification ; chiisme.

• S. AUBE, “Le mausolée Zeyn al-‘bedin à Sāri: Contribution à l’étude des tours-tombeaux du Māzanderān au XVe siècle”, p. 33
Résumé
Le mausolée Zeyn al-‘Ābedin de Sāri compte parmi les fameuses tours-tombeaux du Māzanderān. Cet édifice, peu étudié, témoigne en effet d’un certain nombre de particularismes locaux : une architecture que signe un atelier d’Āmol, un ṣanduq en bois qui marque un style très régional, une organisation du décor caractéristique des tours-tombeaux du XVe siècle dans la région, mais pourtant agrémenté de rares céramiques à décor de « ligne noire ». En tentant de mettre en lumière ces différents aspects et en en proposant des éléments de datation, le présent article entend apporter une contribution à l’histoire de l’architecture et du décor dans l’Iran du XVe siècle.
Mots clés: Tours-tombeaux ; Māzanderān ; céramique architecturale ; bois sculpté ; Mar‘ashi ; XVe siècle.

• K. GHANI, “Vestige of a dying tradition: Persian tract of Tuḥfat ul-Muwaḥḥidīn in nineteenth-century Bengal”, p. 55
Résumé
La chute de l’Empire moghol n’a pas nécessairement remplacé le persan avec l’anglais comme nouvelle langue de la culture coloniale britannique. Plutôt, dans les régions telles que le Bengale, mais aussi de nombreuses régions du nord de l’Inde, le persan reste populaire et la pratique de cette langue continue. En conséquence, aussi bien les hindous que les musulmans étaient familiarisés avec la langue qui, au cours des siècles, est devenue une partie intégrale de la culture intellectuelle du Bengale. Au début de la période coloniale, le persan continuait d’être employé dans l’administration. Il est intéressant de souligner que son champ d’application ne se limitait pas à l’usage administratif, mais il s’étendait également aux activités intellectuelles menées aussi bien par les musulmans que par les hindous. Le Tuḥfat ul-muwaḥḥidin (Cadeau aux monothéistes), l’objet de cet article, est un pamphlet sur la reforme religieuse écrit en persan par Rammohun Roy. Le présent article propose une analyse du Tuḥfat pour permettre de comprendre la croyance de Rammohun en l’unité de la Divinité inspirée par sa conviction en la faillibilité inhérente des religions en général, et de l’hindouisme en particulier. Le traité met en lumière une position fortement critique de Rammohun au sujet de la dégénérescence progressive qui a affectée l’hindouisme au cours des siècles.
Mots clés: persan ; Bengale moghol ; Rammohun Roy ; Tuhfat ul-muwaḥḥidīn ; hindouisme ; monothéisme.

• B. LINCOLN, “Toward a more materialistic ethics: Vermin and poison in Zoroastrian thought”, p. 83
Résumé
Absents de l’Avesta ancien, la vermine et le poison apparaissent pour la première fois dans quelques vers de l’Avesta récent dont les auteurs ont mal interprété Yasna 34.5c (où ils ont compris l’adjectif xrafstra- comme un substantif) et Yasna 49.11c (où ils ont pris les « mauvaises nourritures » [akāiš xvarəθāiš] pour le poison [viša-]). Les textes pehlevis poursuivent dans cette direction, en développant un récit selon lequel ces créatures et ces substances deviennent les armes principales d’Ahriman dans son assaut contre la Bonne Création d’Ohrmazd. Cette ligne de spéculation a produit des nouvelles manières de comprendre le mal comme étant une substance mortelle et pas seulement une disposition ou un esprit destructeurs, déplaçant les questions morales du domaine de la métaphysique à celui de la physique.
Mots clés: zoroastrisme ; Avesta ; herméneutique ; réinterprétation éthique ; matérialisme.

• M. SHENKAR, “Images of Daēnā and Mithra on two seals from the Indo-Iranian borderlands”, p. 99
Résumé
Cet article examine deux sceaux provenant de la collection d’Aman Ur Rahman récemment publiée, représentant des divinités iraniennes non identifiées auparavant. Il est suggéré que le premier sceau, dont la manufacture est liée aux régions orientales de l’Empire sassanide, figure une image unique de Daēnā accompagnée par deux chiens. Le second sceau révèle le motif bien connu du char de Mithra. L’inscription associe ce cachet aux rois de Pārata et permet de le dater des IIIe-IVe siècles de l’ère chrétienne.
Mots clés: zoroastrisme; iconographie; sceaux; divinités; Bactriane; Daēnā; Mithra.

NOTE
• R. GYSELEN, “Sceau du Dīwān de l’armée sassanide à l’époque d’Ohrmezd IV (579-590)”, p. 121
Résumé
La lecture muhr ī dīwān-ī-kustagān hujadag-ohrmezd sur un sceau suggère qu’il s’agit de celui du bureau central de l’armée sassanide.
Mots clés: époque sassanide ; Ohrmezd IV (579-590) ; armée ; sigillographie ; dīwān-ī-kustagān.

IN MEMORIAM
• Ch. M. Kieffer [1923-2015], par Gérard Fussman, p. 133

Comptes rendus, p. 143

Vol. 44/2 (2015)

• Hommage à Chahryar Adle, 1944-2015, p. 163
Résumé

• E. ANONBY, “The Keshmi (Qeshmi) dialect of Hormozgan province, Iran: A first account”, p. 165
Résumé
Le keshmi, dialecte de l’île de Qeshm dans le détroit d’Ormuz, appartient à la branche sud-ouest des langues iraniennes. L’île – la plus grande dans le golfe Persique – a été décrite par Lorimer (1908), qui a déclaré que l’arabe s’y parlait. S’appuyant sur la carte ethnique de l’Iran dans l’Atlas narodov mira (1964), la plupart des chercheurs plus récents ont décrit la situation linguistique dans l’île comme un mélange du persan et de l’arabe ; la carte d’Izady (2006) reconnaît toutefois un dialecte non-persan appelé « qishmi ». La présente étude, qui offre un premier aperçu de ce dialecte keshmi, clarifie les assertions contradictoires la littérature. Elle donne une description actuelle de l’île et de sa population de plus de 100 000 habitants, touchant aux questions de la géographie, de l’histoire et de la démographie ainsi qu’à celles du comportement et de l’identité linguistiques. L’article examine ensuite la classification du dialecte, sa situation dialectale interne et ses structures linguistiques, avec une attention à des aspects de la phonologie, de la morphologie et du lexique. Bien que les locuteurs du keshmi considèrent que leur ethnie soit distincte et que leur dialecte démontre des traits distinctifs, l’auteur de l’article utilise des données comparatives pour situer le dialecte keshmi au sein de l’iranien du sud-ouest et, tout en accord avec les perceptions des locuteurs eux-mêmes, montre que ce dialecte est étroitement lié aux dialectes bandari du continent.
Mots clés: linguistique ; dialectes iraniens du sud-ouest ; dialecte keshmi (qishmi) ; île de Qeshm ; persan bandari ; province de Hormozgan ; documentation sur les langues.

• J. J. FERRER-LOSILLA, “Repetitions or omissions? Different versions of Widēwdād 22”, p. 207
Résumé
Le présent article analyse un texte, issu du 22ème chapitre d’un texte intercalé de la Liturgie Longue Zoroastrienne, le Widēwdād. Ce texte a été transmis en deux versions : l’une plus longue dans les manuscrits iraniens et une autre plus courte dans les indiens, ce qui reflètent deux versions différentes dans la pratique rituelle de cette cérémonie. On montre qu’il est difficile de déterminer la date à laquelle chaque version fut créée et, encore, de savoir si une version pourrait provenir de l’autre après le commencement de la transmission manuscrite. D’autres passages du Widēwdād, posant des problèmes similaires, sont analysés dans un bref appendice final.
Mots clés: philologie iranienne ; manuscrits avestiques ; transmission manuscrite zoro¬astrienne ; liturgies zoroastriennes.

• V. GENÇ, “From Tabriz to Istanbul: Goods and treasures of Shāh Ismā‘īl looted after the battle of Chāldirān”, p. 227
Résumé
La bataille de Chāldirān et son importance historique ont donné lieu à bien de recherches. Un aspect de cette bataille reste cependant peu étudié, à savoir le destin des biens et des trésors saisis par les Ottomans. Dans les sources ottomanes, cette question a fortement été mise en avant, alors que les sources safavides la passent sous silence. En s’appuyant sur deux documents ottomans originaux qui sont parvenus jusqu’à nous, cet article s’intéresse aux biens emportés par les Ottomans du palais de Hasht Bihisht de Shāh Ismā‘īl, fondateur de la dynastie safavide. Ces deux documents – D.10734 et D.09608 –, conservés actuellement dans les Archives du Musée du palais de Topkapı à Istanbul (TSMA), apportent un éclairage nouveau sur des aspects peu connus de la bataille de Chāldirān et de ses consequences.
Mots clés: bataille de Chāldirān ; Shāh Ismā‘īl; Selim Ier; Ottomans; Safavides; palais de Hasht Bihisht à Tabriz.

• W. FLOOR, “Hotels in Iran, 1870-1940”, p. 277
Résumé
Des siècles durant, les voyageurs en Iran s’arrêtaient pour la nuit dans des caravansérails. Depuis 1800 environ, ils pouvaient également utiliser des chapār-khāna et, à partir des années 1860, des hôtels de type européen d’abord à Téhéran et plus tard dans d’autres villes également. Dans les années 1870, le gouvernement iranien a fait construire un certain nombre de maisons d’hôtes modernes le long des routes, initiative qui n’a pas eu d’impact durable, tandis que les hôtels ont trouvé des usages variés, en particulier après 1920. Le présent article s’intéresse à l’introduction et à la diffusion des hôtels de type européen en Iran, ainsi qu’à l’apparition d’un type différent de logement pour voyageurs, le motel-garage, habituellement des anciens caravansérails reconvertis.
Mots clés: Qājār ; Pahlavi ; hôtels; motels ; modernisation.

CHRONIQUES

BULLETIN OF THE SOCIETAS IRANOLOGICA EUROPAEA. REPORT 2011-2015, par Almut Hintze, p. 317

IN MEMORIAM
• Chahryar Adle [1946-2015], par Yann Richard et Nader Nasiri-Moghaddam, p. 323
• Marina Gaillard [1955-2015], par Hossein Esmaili, p. 327

Table des matières du vol. XLIV, p. 333

Mots clés :