Vol. 32/1 (2003)

ARTICLES
• J. JOSEPHSON, Remarks on the Pahlavi Version of the Gâthâs, p. 7-34
Résumé
Cette étude présente une comparaison préliminaire entre les Gâthâs de l’Avesta, datables d’environ de 1000-900 avant n.è., et leur traduction en pehlevi accompagnée d’un commentaire qui reflète l’ambiance sassanide tardive et post-sassanide, entre 600 et 800 de n.è. On compare les thèmes centraux : la louange d’Ahura Mazda, la demande de formules et de préceptes à Ahura Mazda, la cosmogonie, le choix du mainiiu-, les entités, la récompense dans ce monde et dans l’autre. On constate que dans le traitement de chaque thème beaucoup de l’original a été conservé, mais avec une compréhension quelque peu différente des concepts principaux. De surcroît, en ajoutant des gloses et des commentaires à certains points du texte, la version pehlevie a développé deux thèmes qui vont au-delà de ce qu’on trouve effectivement dans les Gâthâs. L’un de ces thèmes est la place centrale de l’office du prêtre et des écoles religieuses (hêrbedestân), l’autre est une interprétation des Gâthâs dans un esprit apocalyptique.
Mots clés : zoroastrisme ; Gâthâs ; versions pehlevies ; liturgie ; hêrbedestân ; apocalypse ; techniques de traduction ; Vohu Manah ; asha- ; tan î pasên.

• R. VIREDAZ, Alain mevsfili , p. 35-46
Résumé
Dans l’alain mésfili, glosé ’monsieur’, ’madame’ par Tzetzes, nous proposons de voir un mot apparenté au vieil indien îs’vará- ’maître’. _ Mots clés : linguistique ; phonétique historique ; ossète ; indo-iranien ; hongrois ; archaïsme ; métaphonie.

• J. RUBANOVICH, Literary Canon and Patterns of Evaluation in Persian Prose on the Eve of the Mongol Invasion, p. 47-76
Résumé
L’évaluation a formé un aspect important de l’activité littéraire en prose persane de la seconde moitié du VIe/XIIe et du début du VIIe/XIIIe siècles. Cet essai vise à élucider la nature de ces processus d’évaluation, ainsi que leur influence sur les stratégies créatrices des écrivains en prose persane. L’auteur essaie d’établir les critères d’évaluation et de catégorisation des productions littéraires en prose, en se fondant sur les données de textes, qui représentent la traduction et/ou le remaniement d’ouvrages plus anciens (ainsi le Marzbân-nâma de Sa’d al-Dîn Varâvînî et le Sindbâd-nâma de Zahîrî-yi Samarqandî). Elle en tire argument quant à la prééminence de la fonction lingua-ornementale en tant que norme dominante de l’époque. Quelques cas d’énumérations d’auteurs spécifiques sont examinés, notamment les listes fournies par le Chahâr maqâla de Nizâmî-yi ’Arûdî et le Marzbân-nâma de Varâvînî, ainsi que des références dispersées aux livres en prose dans la plus ancienne anthologie (tazkira) existante, le Lubâb al-albâb de Muhammad-i ’Aufî. La lecture méticuleuse de ces listes révèle une tendance nette à inclure ou à exclure certains produits littéraires, ce qui semble indiquer une échelle de valeur au sein des livres en prose et, par conséquent, l’existence d’un corpus canonique de textes jouissant de l’approbation générale et servant de modèles dans la pratique littéraire de l’époque.
Mots clés : prose persane ; canon littéraire ; évaluation littéraire ; norme dominante ; fonction lingua-ornementale ; listes d’auteurs et de livres exemplaires.

• A. SOUDAVAR, In Defense of Ra•id-od-Din and His Letters , p. 77-120
Résumé
Une récente remise en cause de l’authenticité des Lettres Rashidiennes par A.H. Morton vient de susciter un vif intérêt chez les spécialistes de l’époque mongole. Cependant, un regard plus attentif aux problèmes soulevés par Morton révèle que les lettres sont conformes à la pratique des scribes de l’époque, et sont en accord avec les événements historiques. Le but de cet article est de rendre aux Lettres Rashidiennes la place qu’elles méritent parmi les sources les plus riches en information de l’époque mongole.
Mots clés : Rashid-od-Din ; Mongols ; Lettres Rashidiennes ; Soltân ’Alâ’-od-din de Dehli ; étude des textes ; faux.

NOTES
• R. GYSELEN, Dîwân et ” Trésorerie ” sassanides : premières attestations sigillographiques, p. 123-126
• É. DE LA VAISSIÈRE et P. RIBOUD, Les livres des Sogdiens, p. 127-136 (avec une note additionnelle par F. GRENET)
• N. NASIRI-MOGHADDAM, L’affaire du vol de la Bibliothèque royale du Palais du Golestân à Téhéran, ca. 1907, p. 137-147
Comptes rendus, p. 151
• DÉMONS ET MERVEILLES D’ORIENT, R. Gyselen (éd.), Res Orientales XIII, Bures-sur-Yvette 2001 [par Ph. Gignoux].
• HOVANNISIAN, Richard G., Georges SABAGH (éd.), Religion and Culture in Medieval Islam, Cambridge University Press 1999 [par V. van Renterghem].
• NARTAMONGAE. THE JOURNAL OF ALANO-OSSETIC STUDIES : EPIC, MYTHOLOGY AND LANGUAGE, Vladikavkaz – Paris 2002, vol. I, N°1 [par Ph. Gignoux].

vol. 32/2 (2003)

ARTICLES
• P. ORSATTI, Le poème Xosrow va Shirin de Nezâmi et ses répliques par Amir Xosrow et Jamâli p. 163
Résumé
Deux des plus anciennes répliques au poème Xosrow va Shirin de Nezâmi, Shirin va Xosrow d’Amir Xosrow Dehlavi (fin XIIIe siècle) et Mehr va Negâr de Jamâli (début XVe siècle), sont analysées dans le but de comprendre quelles étaient les diverses positions et les occasions de réflexion offertes par les auteurs sur les grands thèmes autour desquels se déroule la trame des poèmes : l’amour et le rapport entre l’homme et la femme ; la maîtrise des passions ; pour les personnages féminins, la délicate question de savoir comment et quand se donner ; l’importance de l’opinion d’autrui, de la bonne ou de la mauvaise réputation. Les modifications introduites dans la trame narrative et dans le caractère des personnages apparaissent être en fonction du discours que chaque auteur développe sur ces thèmes, souvent en se posant en opposition avec ses prédécesseurs.
Mots clés : littérature persane ; Nezâmi – Xosrow va Shirin ; réplique ; analyse de la trame.

• N. GARSOÏAN, Le “Guerrier des Seigneurs” p. 177
Résumé
La correspondance inattendue entre la légende d’un sceau administratif sassanide récemment publié et le titre du prince arménien Smbat Bagratuni, attesté dans plusieurs documents du Livre des lettres de l’Église arménienne, mais inconnu par ailleurs, est d’un intérêt particulier pour le témoignage qu’il nous fournit sur l’administration et la politique perse en Grande Arménie au début du VIIe siècle.
Mots clés : sceau ; Arménie ; Livre des Lettres ; Smbat Bagratuni ; seigneurs-de-maison ; guerrier des seigneurs.

• P. LURJE, The element -kaQ / -kand in the place-names of Transoxiana p. 185
Résumé
L’article est consacré aux variantes du marqueur de noms de lieu ?kaq / ?kand dans la Transoxiane antique et médiévale. L’étude cas par cas des toponymes, suivie de l’analyse étymologique des mots Ir.anc. *kata ? ’maison’ et *kanqâ ? ’ville’, ainsi que de leurs descendants, montre que le premier de ces mots n’est pas lié au marqueur en question, alors que c’est le cas pour le second. Dans les toponymes retrouvés dans les sources islamiques, cet élément formatif est habituellement exprimé par ?kaq, ?kand. Il est caractéristique : a) des noms de la vallée de Fergâna ; b) des noms turcs ; c) des noms des grandes villes (comme Paikand et Samarq/kand) qui ont filtré à travers le (moyen)-perse. Le changement médiéval tardif de ?kaq à -kand est l’effet de la turkisation et la persianisation de la Transoxiane.
Mots clés : Transoxiane ; géographie historique ; langues iraniennes ; sogdien, dialectes sogdiens ; toponymie ; étymologie.

• S. AMIRSOLEIMANI, Clothing in the Early Ghaznavid Courts : Hierarchy and Mystification p. 213
Résumé
L’article est consacré à la symbolique du vêtement à la cour des premiers Ghaznavides, Muhammad et Mas’ûd (421-31/1030-40) en la replaçant dans le contexte des traditions vestimentaires du monde islamique et de l’Iran ancien, qui ont l’un et l’autre influencé les pratiques des Ghaznavides. Basé sur les œuvres des grands poètes de la cour et le Târîkh-i Bayhaqî d’Abu al-Fazl Bayhaqî, historien de l’époque, l’article analyse comment, dans la fluide hiérarchie de la cour ghaznavide, le vêtement devient un moyen important de manifestation ou de dissimulation du pouvoir par les courtisans. Cependant, tout comme d’autres symboles du pouvoir, le vêtement perd sa signification aux yeux des courtisans lorsque ces derniers rencontrent chez des hommes pieux des vertus telles que la sérénité et la simplicité.
Mots clés : vêtement dans la société islamique ; chapeau/kulâh ; robe/qabâ ; hiérarchie ; pouvoir ; Ghaznavides.

• H. MAEDA, On the Ethno-social Background of Four gholâm Families from Georgia in Safavid Iran p. 243
Résumé
En mettant à profit les sources géorgiennes et arméniennes, l’article analyse les origines ethniques et sociales de quatre éminentes familles de gholâm de l’Iran safavide qui appartenaient aux ” clans ” Baratashvili-Orbelishvili (Orbeliani), Mirimanidze (les meliks de Somkhiti), Saakadze et Undiladze. Toutes ces familles se rattachent au milieu des élites militaires et foncières locales ((t’avadis et aznauris) du royaume géorgien de Kartli. L’étude de leurs cas montre l’intégration de la noblesse de Kartli aux cercles des courtisans safavides, constatation qui va à l’encontre des conceptions habituellement admises dans l’historiographie des études sur l’esclavage militaire. Ces exemples reflètent la spécificité du système safavide, où les élites politiques étaient recrutées dans les minorités du Caucase voisin, au contraire des pratiques employées pour les mamlûks de l’Égypte et les kapiquls de l’Empire ottoman.
Mots clés : Safavides ; Géorgie ; gholâm ; esclaves militaires ; histoire du Caucase ; élite politique.

NOTES
• P.O. SKJÆRVØ, The Great Seal of Peroz p. 281
Résumé
L’inscription sur le grand sceau de Peroz, publiée et traduite par Ph. Gignoux, doit être lue à partir du milieu de la ” première ” ligne. Ainsi, il est possible de restituer un formulaire de titulature sassanide régulier, mais le nom de l’Erân-wêz en disparaît.
Mots clés : Peroz ; épigraphie sassanide ; ÊErân-wêz

Comptes rendus, p. 289-301.
• ALBUM, S., et T. GOODWIN, Sylloge of Islamic Coins in the Ashmolean. Volume 1 : The Pre-reform Coinage of the Early Islamic Period, Oxford, Ashmolean Museum : 2002 [ISBN 1-85444-173-6], par Rika Gyselen.
• HILLENBRAND, Robert (éd.), Persian Painting from the Mongols to the Qajars : Studies in Honour of Basil W. Robinson, London-New York, I.B. Tauris : 2000 [ISBN 1-85043-6592], par Francis Richard.
• MATTHEE, Rudolph P., The Politics of Trade in Safavid Iran. Silk for Silver 1600-1730, Cambridge, Cambridge University Press : 1999 [ISBN 0-521-64131-4], par Jean Calmard.
• TREMBLAY, Xavier, Pour une histoire de la Sérinde. Le manichéisme parmi les peuples et les religions d’Asie Centrale d’après les sources primaires, Vienne, VÖAW : 2001 [ISBN 3-7001-3034-1], par Christelle Jullien.

Mots clés :