Vol. 29/1 (2000)

ARTICLES
• W. Floor, The Secular Judicial System in Safavid Persia
Résumé
L’article offre une analyse du fonctionnement du système judiciaire séculier à l’époque safavide. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle le Shah jouait un rôle actif dans le processus judiciaire, mais après cette date il cédait le terrain au divân-begi, son représentant pour le droit commun et public, ainsi qu’à ses représentants des rangs inférieurs. L’article s’interroge sur le rôle du divân-begi dans la gestion du système judiciaire, et identifie la majorité de ses fonctionnaires. Les questions du fonctionnement général de la justice en Iran safavide, l’appréciation de la qualité de la justice, la nature et l’exécution des jugements y sont analysées, ainsi que le rôle des fonctionnaires du système judiciaire provincial, moins haut placés que le divân-begi, comme le kalântar, naqib, ahdâth, mohtaseb et yarghu. En conclusion, l’article souligne le renforcement du rôle du divân-begi vis-à-vis les fonctionnaires judiciaires religieux, qui n’ont pas vraiment contesté son rôle prééminent dans la justice safavide.
Mots clés : Safavides ; ’orf ; divân-begi ; kalântar ; naqib ; ahdâth ; mohtaseb.

• S. Rizvi, Roots of an Aporia in Later Islamic Philosophy : the Existence-Essence Distinction in the Metaphysics of Avicenna and Suhrawardî
Résumé
La distinction entre l’existence et l’essence des êtres contingents est une doctrine fondamentale de la philosophie médiévale. Fondé sur la distinction logique d’Aristote entre la chose et le fait de son existence, Avicenne affirma la distinction comme preuve pour la contingence radicale de la création. Mais il y a un philosophe, qui exerça une grande influence sur la tradition philosophique en Perse, qui rejeta la conception traditionnelle de la réalité chez les philosophes péripatéticiens et refusa toute ” référence ” à l’existence. Suhrawardi démontra que la distinction n’a aucune place dans la métaphysique, qui devrait, au contraire, être fondée sur une vision idéale de la hiérarchie des lumières. La synthèse entre ces deux points de vue facilita les doctrines célèbres de Mullâ Sadrâ Shirâzi : la principauté et la gradation analogique de l’être.
Mots clés : métaphysique ; Avicenne ; Suhrawardi ; être ; existence ; essence ; distinction ; quiddité ; Mullâ Sadrâ Shirâzi ; lumière.

• A. Caiozzo, Rituels théophaniques imagés et pratiques magiques : les anges planétaires dans le manuscrit Persan 174 de Paris
Résumé
L’un des traités du manuscrit Persan 174 de la B.n.F. daté du XIIIe siècle nous offre l’occasion unique d’observer l’iconographie des anges planétaires invoqués à des fins talismaniques au cours de rituels théophaniques. Cette magie cérémonielle païenne à peine islamisée par quelques invocations, n’est pas sans rappeler les rituels décrits dans l’une des parties de ce compendium de textes magiques attribué à la même aire géographique et daté du XIe siècle, la Ghayât al-hakîm, mieux connu en Occident sous le titre de Picatrix. La proximité des deux textes confirme l’existence de pratiques magiques fort anciennes et si ce n’est vivaces, du moins connues dans l’Anatolie saljûqide du XIe au XIIIe siècle.
Mots clés : anges ; cieux ; cosmologie ; iconographie ; magie ; planètes ; rituels ; talismans ; zodiaque.

OBITUAIRE
• Fritz Meier [1912-1998]

Vol. 29/2 (2000)

ARTICLES
• Ph. Gignoux, A propos de l’airiiana vaejah
Résumé
En identifiant le correspondant pehlevi de l’avestique airiiana vaejah sur une inscription du Ve s., l’auteur donne sa lecture de celle-ci, qui contient l’importante titulature de Peroz et de ses ascendants.
Mots clés : Peroz ; épigraphie sassanide ; ÊErânvez.

• M.R. Magistro, Alcuni aspetti della glittica sacro-magica sasanide : il “Cavaliere nimbato”
Résumé
À partir d’un sceau-amulette inscrit à l’effigie du ” cavalier nimbé ” à la croix latine, l’A. aborde la question complexe de la glyptique sacro-magique sassanide. Certains thèmes originaires du monde méditerranéen oriental et du Proche-Orient se diffusent largement y compris en Iran, alimentés par des croyances mystiques et des rituels magiques. Parmi ces thèmes, la protection contre l’influence néfaste de l’envie ou ” mauvais œil ” peut être représentée par le héros (ou dieu protecteur) debout ou à cheval terrassant un être hybride, en forme de serpent ou androgyne ; l’ophtalmos polüpathes, lorsqu’il est accouplé au héros, renforce le pouvoir apotropaïque du talisman. La figure féminine personnifiant le démon dans la tradition judéo-chrétienne, ne semblait pas avoir de correspondant dans la glyptique sassanide, sauf peut-être précisément sur le sceau-amulette publié ici. Cet objet exceptionnel illustrerait alors la pénétration dans la glyptique sassanide d’un thème iconographique qui, associé à son contraire le “cavalier” Salomon ou Sisinnios, est largement représenté avec de nombreuses variantes dans l’imaginaire collectif et le folklore des communautés judéo-chrétiennes et byzantines.
Mots clés : glyptique sassanide ; magie blanche ; cavalier nimbé ; sceau-amulette ; envie ; ophthalmos polüpathes.

• R. Létolle, Histoire de l’Ouzboï, cours fossile de l’Amou Darya : synthèse et éléments nouveaux
Résumé
L’Ouzboï est le cours ancien de l’Amou Darya par lequel ce fleuve s’est déversé dans la Mer Caspienne depuis l’ère tertiaire jusqu’au quaternaire récent, et, de manière intermittente, depuis la dernière glaciation jusqu’au XVIe siècle de n.è., alors qu’il n’alimentait plus la Mer d’Aral. Nous avons rassemblé les éléments disponibles de la littérature ancienne et récente pour découvrir ce chenal, reconstituer et discuter les avatars de son histoire géologique ancienne et de l’occupation de ses rives par l’homme. Nous présentons également les résultats d’études théoriques permettant de déterminer ses caractéristiques hydrauliques anciennes.
Mots clés : Ouzboï ; Amou Darya ; Sary Kamych ; Aral ; Oust-Yourt ; Karakoum.

• A. Zournatzi, The Processing of Gold and Silver Tax in the Achaemenid Empire : Herodotus 3.96.2 and the Archeological Realities
Résumé
Le passage d’Hérodote 3.96.2 se réfère à une pratique achéménide de conversion de tribut en métaux précieux en lingots suivant une habitude supposée traditionnelle de l’Orient. Cette étude signale l’absence de témoignages solides sur cette coutume traditionnelle supposée, et offre une lecture du texte par rapport au besoin officiel des autorités achéménides de contrôler la teneur variable des métaux précieux en circulation. Ce besoin, que certains commentateurs du texte avaient déjà reconnu, s’accorde avec les spécifications rigoureuses concernant la qualité de l’or et avec la composition chimique constante de l’argent analysé achéménide.
Mots clés : Hérodote ; empire achéménide ; tribut ; métaux précieux ; monnaie ; “Hacksilber”.

• Y. Karev, Un palais islamique du VIIIe siècle à Samarkand
Résumé
L’article propose une analyse préliminaire des résultats des fouilles menées dans un bâtiment palatial (dâr al-imâra) du VIIIe s. de n.è., découvert en 1991 sur la terrasse inférieure de la citadelle d’Afrasiab (Samarkand) par la Mission archéologique franco-ouzbèke. Ce grand complexe architectural se compose d’un édifice rectangulaire (65 x 55 m) dont les locaux s’organisent autour d’une cour centrale intérieure, et d’une cour “extérieure” située entre le bâtiment et la citadelle. La comparaison de son plan, caractérisé par l’emploi des colonnes octogonales massives dans les deux cours, avec les écoles architecturales sogdienne, iranienne et omeyyade, suggère que le palais fut l’œuvre d’un architecte venu du Proche-Orient ou de l’Iran. L’apport des sources narratives et numismatiques permet d’attribuer sa construction à Abû Muslim al-Khurâsânî, qui voulait faire de Samarkand le centre administratif et politique de la région. L’édifice constitue le plus ancien palais islamique de l’Est musulman découvert à ce jour.
Mots clés : Samarkand ; Afrasiab ; dâr al-imâra ; architecture palatiale ; Abbassides ; Abû Muslim.

In Memoriam. Hommage des Studia Iranica. Pour Raoul Curiel [1913-2000]

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