Vol. 25/1 (1996)

ARTICLES
• N. GARSOÏAN, “Les deux voix de l’historiographie médiévale arménienne : l’exemple iranien”, p. 7
Résumé
La littérature arménienne née dans la seconde moitié du V e siècle reflète la haine du monde iranien engendrée par la révolte des Arméniens, chrétiens depuis plus d’un siècle, contre l’effort des Sassanides de leur réimposer le mazdéisme en 450. Néanmoins deux aspects marquent les renseignements de la tradition iranienne donnés par les auteurs arméniens du Moyen-Âge. Les récits épiques anonymes attribués à tort à P‘awstos Buzand et basés principalement sur des sources orales transmettent, bien qu’inconsciemment, les institutions et l’idéologie de leur société profondément iranisée. Au contraire le savant Movsês Xorenac‘i se tourne sciemment vers le monde classique et rejette comme indigne de commémoration toute tradition venue de la Perse. Ce second point de vue deviendrait prépondérant dans la littérature arménienne mais tous deux doivent être considérés pour une appréciation équilibrée de l’Arménie paléo-chrétienne.
Mots clés : historiographie arménienne ; Iran sassanide ;P‘awstos Buzand ; Movsês Xorenac‘i.

• F. HELLOT, “L’ambulance française d’Urmia”, p. 45
Résumé
Envoyée sur le front du Caucase à la suite d’un élan de solidarité des communes de France envers le peuple russe, l’Ambulance alpine française aboutit en septembre 1917 à Urmia, en Perse, chargée d’une mission nouvelle de propagande. Les maladresses de l’état-major allié de Tiflis achèvent de la détourner de ses objectifs humanitaires : la formation des bataillons assyro-chaldéens aggrave les tensions et l’image de la France en Perse s’en trouve ternie.
Mots clés : l’ambulance alpine française ; Urmia ; première guerre mondiale ; action humanitaire ; bataillons assyro-chaldéens.

• E. YARSHATER, “Le taleshi d’Asâlem”, p. 83
Résumé
Cet article donne un aperçu de la grammaire du taleshi, dialecte parlé à Asâlem dans le district central de la province iranienne de Tâlesh. Le système verbal est particulièrement intéressant : le présent est élaboré sur ce qui correspond dans des dialectes similaires à la racine du passé, et l’imparfait se construit à partir de la racine du présent. Les temps du passé dans la construction ergative sont basés sur une racine du passé. D’autres traits particuliers sont l’utilisation de préfixes verbaux et leur position changeante, et l’existence de cinq catégories de pronoms personnels, l’un direct, trois obliques, et l’autre enclitique.
Mots clés : dialectes iraniens ; taleshi ; Asâlem ; grammaire ; construction ergative ; pronoms obliques.

• M. BAZIN, Le Tâlesh revisité”, p. 115
Résumé
Une brève mission effectuée en été 1992 en compagnie de trois géographes iraniens a permis d’apprécier les changements intervenus dans le Tâlesh iranien depuis le milieu des années 1970 (cf. Bazin 1980). Les transformations spatiales ont affecté trois types d’espace : dans la plaine, l’expansion de la riziculture à la périphérie des terroirs a été partiellement compensée par l’extension de l’habitat ; la vie pastorale de montagne a connu des évolutions contrastées, déclin autour de Mâsule mais nette progression dans le Tâlesh central comme à l’extrême sud ; le réseau de lieux centraux s’est renforcé, depuis les bazars de montagne jusqu’aux quatre chefs-lieux de shahrestân. Dégager les facteurs socio-économiques et culturels de ces évolutions demanderait des enquêtes plus approfondies.
Mots clés : Talesh ; géographie de l’Iran ; riziculture ; pastoralisme ; centres régionaux.

• Sh. GHOBADI, “La langue parlée reflétée dans les écrits”, p. 135
Résumé
La langue persane a une variante parlée ou informelle qui diffère de la variante écrite ou formelle. La langue parlée, non conservatrice, est sujette à de nombreux changements phonétiques et syntaxiques. Avec la littérature moderne le persan parlé entre dans les textes. La notation de la syntaxe du persan parlé ne pose pas de problème. Mais en revanche un système institutionalisé de notation écrite du persan parlé faisant défaut, les auteurs notent les changements phonétiques de différentes façons ; ainsi on rencontre une palette de notations très variées de la langue parlée. La représentation du persan formel écrit à l’aide de l’alphabet arabe étant déjà problématique, elle le devient encore plus. Les voyelles sont particulièrement sujettes à de nombreux changements et il n’est pas facile de noter ces changements avec l’alphabet arabe. Par contre les changements des consonnes ou leur chute ne posent pas de problème dans la notation.
Mots clés : langue parlée ; langue informelle ; langue écrite ; changement phonétique ; assimilation ; syllabe ; assourdissement ; prononciation.

Vol. 25/2 (1996)
ARTICLES
• H. LANDOLT, “Le paradoxe de la “ face de dieu ” : ‘Azîz-e Nasafî (VII e/XIII e siècle) et le “ monisme ésotérique ” de l’Islam”, p. 163
Résumé
Tout en se réclamant de l’enseignement ésotérique du Shaykh soufi Sa‘oddîn-e Hamûya, Nasafî fait preuve d’une remarquable indépendance spirituelle en refusant toutes les “orthodoxies”, qu’elles soient théologiques, philosophiques ou soufies. Il n’est ni “kobravî” ni “akbarien”. Son ouverture d’esprit et surtout sa sympathie pour certaines doctrines indiennes le situent à l’opposé de la politique “islamique” adoptée par les maîtres kobravîs sous l’emprise des Mongols. Sa critique de la théologie du disciple principal d’Ibn ‘Arabî, Sadroddîn-e Qûnyawî, signale une tendance shî‘ite, laquelle se manifeste également par ailleurs chez Nasafî, sans pour autant l’identifier comme appartenant à un groupe shî‘ite particulier. Il s’agit plutôt d’une affinité profonde de sa pensée avec un certain dynamisme shî‘ite. Une telle affinité se dégage notamment de l’analyse de sa propre “phénoménologie” des deux courants “monistes” qu’il distingue comme étant celui des “gens du Feu” et celui des “gens de la Lumière” (et qu’il ne faut pas confondre, malgré certaines ressemblances, avec les deux “écoles” parmi les soufis “récents” relevées par les historiens du XIve siècle). En effet si les “gens du Feu” ne font que tirer la conclusion radicale du tawhîd soufi en insistant sur la seule et unique réalité de l’Essence divine pour remettre en question l’existence même du monde, les “gens de la Lumière” au contraire remettent en question l’idée même d’une essence divine immuable pour se tourner radicalement vers la “Face de Dieu”, c’est-à-dire l’Existence d’un monde en perpétuelle éclosion depuis la “Nuit du Destin” jusqu’au “Jour de la Résurrection”.
Mots clés : soufisme ; shî‘isme ; monisme ; essence/existence ; pensée indienne ; période mongole.

• M. A. AMIR-MOEZZI, “Aspects de l’imamologie duodécimaine : remarques sur la divinité de l’Imâm”, p. 193
Résumé
La littérature théosophique shî‘ite contient un certain nombre de prônes attribués à ‘Alî où celui-ci, manifestation par excellence de l’Imâm cosmique, prononce, à travers des discours particulièrement audacieux, son identité avec le Dieu Révélé. Ces prônes sont apocryphes et semblent assez tardifs étant donné que les premiers textes s’y rapprochant datent de la fin du IIIe/IXe siècle. Plus le temps passe, plus nos textes s’étoffent et dans la grande confusion qui marque l’intitulé des prônes et leurs contenus, trois titres émergent avec plus d’insistance : xutbat al-bayân, xutbat al-iftixâr et al-xutbat al-tatanjiyya. L’“orthodoxie” duodécimaine, dominé par la tendance appelée “modérée”, considère d’une façon générale que ces textes appartiennent à des courants “hérétiques” du shî‘isme “extrémiste”, mais le corpus duodécimain ancien des traditions attribuées aux imâms, rapporté essentiellement par la tendance “ésotérique non-rationnelle”, contient bon nombre de propos et de doctrines qui semblent préparer et annoncer les prônes en question. Après avoir donné l’histoire de ces prônes à travers les sources, le texte d’un prône, rapporté par Ja‘far Kashfî qui synthétise en quelque sorte les trois prônes mentionnés, est traduit dans son intégralité.
Mots clés : imâm ; shî‘isme/imâmisme ; xutbat al-bayân ; xutbat al-iftixâr ; al-xutbat al-tatanjiyya ; ‘Alî b. Abî Tâlib ; ghulât/ghuluww ; Kashfî Sayyid Ja‘far ; Tuhfat al-mulûk ;shath/pl. shatahât.

• F. GRENET et O. BOPEARACHCHI, “Une monnaie en or du souverain indo-parthe Abdagases II”, p. 219
Résumé
Publication d’une monnaie d’or trouvée près de Gilgit (Pakistan), portant à l’avers une légende en parthe et attribuable au roi indo-parthe Abdagases II (dernier quart du Ier s. ap. J.C.). Sont aussi abordés les problèmes de l’existence d’un monnayage parthe en or, et de la datation du roi kouchan Vima Taktu (Sôter Mégas) dont le monnayage présente un trait commun avec la pièce publiée ici.
Mots clés : numismatique ; Parthes ; Abdagases II ; Sôter Mégas.

• Ph. GIGNOUX, “À propos des yashts avestiques”, p. 233
Résumé
Depuis quelques années, l’attention des iranistes s’est portée à nouveau sur les Yashts avestiques. Il est donc intéressant de signaler ces récents travaux que sont l’édition du Tishtriia Yasht (Yt. ) par A. Panaino, en deux volumes (Rome, 1990-1995), et celle du Zamyâd Yasht (Yt. 19) par A. Hintze (1994), à laquelle a été comparée une étude sur le même Yasht par E. Pirart, mais qui a le caractère inachevé des “notes de cours” (Barcelone, 1992).
Mots clés : Yashts ; avestique ; Sirius ; Tîr ; Xvarenah.

• R. GYSELEN, “Notes de glyptique sassanide : 3. Râm et Râst, 4. Éléphant et cornac, 5. Un sceau sassanide à iconographie juive”, p. 241
Résumé
Des noms composés comme “ Râm-Mihr ” et “ Râm-Shâbuhr ”, ou encore “ Râst-Âdur ” et “ Râst-Shâbuhr ” peuvent être aussi bien compris comme des “ noms à deux divinités ” que signifier “ Bonheur (est) Mihr/Shâbuhr) ” et “ Droit Âdur/Shâbuhr) ”. Publication de deux sceaux avec le motif, inconnu jusqu’à présent dans la glyptique sassanide, de l’éléphant et son cornac. Un sceau de facture sassanide et avec une légende pehlevie apporte la preuve que certains sceaux à pure iconographie juive font bel et bien partie de la glyptique sassanide.
Mots clés : glyptique sassanide ; iconographie ;Râst ; Râm ; éléphant et cornac ; sceaux juifs ; sceaux magiques.

• R. KAUZ, “Travailler dans les archives en Iran”, p. 253
Résumé
L’auteur de cet article a visité en été 1992 les archives d’Iran pour sonder les possibilités de recherches documentaires et décrit les possibilités et les difficultés de recherche dans ces archives.
Mots clés : archives iraniennes ; archives russes ; histoire iranienne actuelle ; Mo’assasa-ye… ; Sâzemân-e… ; Daftar-e….

OBITUAIRE
• “Geo WIDENGREN, 1907-1996”, par J. Duchesne-Guillemin. p. 117

Comptes rendus, p. 273

Mots clés :