Vol. 42/1 (2013)

ARTICLES
• G. LAZARD, “Le verbe persan zadan ‘frapper’, ses constructions et ses emplois”, p. 7-21.
Résumé
Cet article est inspiré par le récent ouvrage de P. Samvelian sur les locutions verbales en persan. Il présente, en s’appuyant sur les constructions, un classement systématique des emplois du verbe zadan « frapper », qui entre dans un grand nombre de locutions. On propose d’analyser ce verbe comme triactanciel et appelant des compléments désignant une source, une cible et un mobile.
Mots clés : cible ; complément ; locution verbale ; mobile ; persan ; prédicat complexe ; source ; verbe.

• F. PALUNČIĆ, “On Ossetic Metathesis”, p. 23-41.
Résumé
L’article détaille les conditions qui ont permis la metathèse des groupes consonantiques en ossète. Il montre que cette metathèse a concerné uniquement les groupes formés d’une fricative plus une liquide, ou de deux fricatives. Les conditions de cette metathèse sont similaires, mais non pas identiques, de celles proposées pour l’arménien. Ces résultats montrent que l’ossète, tout comme ses parents est-iraniens, ont très tôt subit une spirantisation des occlusives voisées en position initiale ou intervocalique.
Mots clés : langues iraniennes ; phonologie historique ; metathèse de l’ossète ; noms sarmates.

• D. AGOSTINI, “Popular Apocalyptics in Pahlavi Literature Context : the Jāmāsp-Nāmag Revisited”, p. 43-56.
Résumé
La littérature pehlevie garde une riche tradition littéraire de nature apocalyptique telle que, par exemple, le Jāmāsp-Nāmag, le Zand ī Wahman Yasn, le chapitre trente-trois du Bundahišn iranien et quelques chapitres du Dēnkard VII. Pendant le dernier siècle, l’apocalyptique iranienne et ses textes ont été étudiés à la fois par rapport à l’eschatologie et par rapport aux influences mutuelles avec l’apocalyptique judéo-chrétienne. Toutefois, si on considère l’apocalyptique iranienne en tant que phénomène indépendant de l’eschatologie, on remarque qu’elle garde une série de motifs narratifs originaux et que le même style de narration et la langue semblent avoir été conçus pour différents milieux sociaux et culturels. Tout en partant de trois points de discussion : 1) les caractéristiques générales des textes sus-mentionnés, 2) les thèmes historiques et mythiques, et 3) la positions des différents médiums apocalyptiques, y a-t-il raison de croire qu’il existait en Iran, après la conquête arabe, une tradition narrative apocalyptique conçue pour le milieu religieux et de cour, à côté d’une autre créée pour le milieu populaire ?
Mots clés : apocalyptique ; eschatologie ; zoroastrisme ; moyen-perse ; littérature pehlevie.

• N. GARSOÏAN, “The Problematic Marriages of the Armenian King Aršak II : an Iranian Hypothesis”, p. 57-70.
Résumé
Les auteurs chrétiens de l’Arménie arsacide, mélangeant des traditions historiques et épiques, ne nous donnent aucune explication acceptable des multiples mariages du roi d’Arménie Aršak II au milieu du IVe siècle, ou de la chronologie impossible de la vie de son fils par P‘aṙanjem de Siunik‘, le jeune Pap. La seule hypothèse tant soit peu logique suppose que la société arménienne de l’époque, restait encore pronfondément iranisée bien que déjà chrétienne et observait toujours le droit familial des lois mazdéennes sur la polygamie, surtout au sein du groupe agnatique. Ces traditions n’étaient plus compréhensibles ni admissibles pour les auteurs ecclésiastiques écrivant au moins un siècle plus tard, qui nous ont inconsciemment donné un récit déformé de ces événements.
Mots clés : Pap ; P‘aṙanjem ; chronologie ; mariages ; polygamie ; droit familial mazdéen ; tradition chrétienne.

• V. B. MOREEN, “The Heroic Mold in ‘Imrānī’s Fatḥ-Nāmah [‘Book of Conquest’], 15th century”, p. 71-90.
Résumé
Le Fatḥ-nāmah [‘Livre des Conquêtes’] du poète judéo-persan ‘Imrānī (1454-env.1536) est une version versifiée de plusieurs livres de la Bible : de Josué, des Juges, de Samuel I, et d’une partie de Samuel II. Il s’agit d’une imitation, réalisée à dessein, en vue de la continuer, de l’œuvre de Shāhīn (XIVe s.) qui avait mis en vers de substantielles parties du Pentateuque. Le ton martial du Fatḥ-nāmah fait ressortir de façon particulièrement intéressante la dépendance du texte de ‘Imrānī par rapport à la langue et à l’imagerie du Shāh-nāmah, d’autant plus que le poète ajoute des scènes absentes de la Bible mais qui sont en accord avec l’éthos de l’épopée iranienne. L’auteur demeure, malgré cela, fidèle à la perspective spirituelle du récit biblique.
Mots clés : ‘Imrānī ; Fatḥ-nāmah ; Livre de Josué ; épopée biblique ; épopée iranienne ; Firdowsī ; Shāh-nāmah.

• F. SPEZIALE, “A propos du renouveau ni‘matullāhī : le centre de Hyderabad au cours de la première modernité”, p. 91-118.
Résumé
Cet article revient sur l’histoire de la Ni‘matullāhiyya au Deccan, et notamment sur le centre ni‘matullāhī établi à Hyderabad par ‘Imād al-Dīn Maḥmūd al-Ḥusaynī (m. 1100/1689), un soufi chiite d’origine irakienne initié à Bidar. La formation de cette branche et de sa nouvelle lignée de maîtres représente le principal élément de renouveau de l’ordre au Deccan au cours de la première modernité. À Hyderabad, les ni‘matullāhī ne reçoivent pas le soutien de la dynastie chiite des Quṭb Šāh, en dépit du lien de son fondateur avec les ni‘matullāhī d’Iran. Ils jouissent ensuite de la dévotion de plusieurs personnages nobles de la ville à l’époque des Niẓām, tel Ma‘ṣūm ‘Alī Šāh Dakanī (m. 1211/1797 environ), qui est envoyé en Iran pour y revivifier l’ordre. Son maître, Šāh ‘Alī Riżā (m. 1215/1801), est regardé comme l’architecte de ce dessein du rayonnement de l’ordre vers l’Iran ; cependant, les biographies de soufis du Deccan nous offrent un portrait de cette figure qui se révèle être assez différent de celui transmis par les sources iraniennes.
Mots clés : soufisme ; chiisme ; Ni‘matullāhiyya ; Deccan ; Hyderabad ; Inde musulmane.

NOTES
• N. SCHINDEL, “Farewell to the Coins of Ohrmazd III”, p. 121-131.

IN MEMORIAM
• Jean Perrot (1920-2012), p. 135-138.

Comptes rendus, p. 141-157
• BEREZINE, Ilya Nikolaevitch, Voyage en Perse du Nord, présentation, comm. & notes Jean Calmard, trad. Jacqueline Calmard-Compas, Paris, Geuthner, 2011 [ISBN 9782705338428], par Francis Richard.
• BREND, Barbara ; Charles MELVILLE ; et al., Epic of the Persian Kings, the Art of Ferdowsi’s Shahnameh, Cambridge-London, The Fitzwilliam Museum-I. B. Tauris, 2010 [ISBN 978-1-84885-332-4], par Francis Richard.
• BRIANT, Pierre ; Wouter F. M. HENKELMAN ; Matthew W. STOLPER, (éds.), L’archive des Fortifications de Persépolis, État des questions et perspectives de recherches. Actes du colloque organisé …, 3-4 novembre 2006, [Persika 12], Paris, de Boccard, 2008 [ISBN 978-7018-0249-7], par Rémy Boucharlat.
• FLOOR, Willem, Games Persians play. A history of games and pastimes in Iran from hide-and-seek to hunting, Washington DC, Mage Publishers, 2011 [ISBN-13 978-193382344-7 ; ISBN-10 193382344-5], par Jean-Pierre Digard.
• HACKL, U. ; B. JACOBS ; D. WEBER, (éds.), Quellen zur Geschichte des Partherreiches. Textsammlung mit Übersetzungen und Kommentaren, Novum Testamentum et Orbis Antiquus – Studien zur Umwelt des Neuen Testaments, Band 83, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen et Oakville, USA, 2010, 3 volumes [ISBN 978-3-525-53386-4], par Rika Gyselen.
• LEWISOHN, Leonard, (éd.), Hafiz and the Religion of Love in Classical Persian Poetry, London-New York, I. B. Tauris, 2010 [ISBN 978-1-84885-339-3], par Ève Feuillebois.

Vol. 42/2 (2013)

ARTICLES
• S. AZARNOUCHE, “La terminologie normative de l’enseignement zoroastrien. Analyse lexicographique et sémantique de quatre termes pehlevis relatifs à l’apprentissage des textes sacrés”, p. 163-194.
Résumé
Vu le rôle central de l’oralité dans la culture religieuse du zoroastrisme, nous ne devons pas nous étonner de trouver au sein même du corpus textuel (liturgique et théologique) des allusions directes à ce vecteur de transmission. Des techniques d’enseignement que les maîtres employaient pour former leurs disciples à la prêtrise, nous ignorons hélas presque tout. La seule exception repose sur une dizaine d’expressions récurrentes que la littérature zoroastrienne nous a léguées en moyen-perse/pehlevi. Parmi cette terminologie normative, qui se rapporte essentiellement à l’apprentissage mnémonique des textes sacrés (les hymnes et prières de l’Avesta), quatre termes techniques ont retenu notre attention : ōšmurišn, dranjišn, warm kardan et xwastan. Comme le révèle cette analyse sémantique, ils décrivent les différentes étapes de la réminiscence des chapitres d’une prière, les exercices de la récitation et de la mémorisation et, enfin, la récitation uniforme et accomplie.
Mots clés : zoroastrisme ; éducation religieuse ; termes techniques ; apprentissage mnémonique ; oralité.

• H. BORJIAN, “Perso-Tabaric dialects in the language transition zone bordering Mazanderan”, p. 195-225.
Résumé
La langue tabari (ou mazanderani), parlée dans la province du Mazanderan au sud de la mer Caspienne, est en contact avec le persan au sud et à l’est. Les zones de transition entre ces deux langues se situent dans les vallées et les contreforts de la chaîne montagneuse de l’Alborz qui sépare le Mazanderan des provinces de Téhéran, de Semnān et de Gorgān. Dans cette région, nous trouvons une série de dialectes hybrides qu’il est possible de répartir en deux groupes : les dialectes tabari influencés par le persan, et les variétés du persan mélangées au tabari à des degrés divers. La présente étude concerne ce second groupe de dialectes. Les données linguistiques proviennent d’environ cinquante localités des alentours du Mazanderan, principalement de la partie sud-est de l’Alborz, voisine de Téhéran dans le nord, pour laquelle il existe plus de matériaux. Notre objectif principal est de montrer comment les dialectes persans convergent vers le tabari sur le plan de la morphosyntaxe des syntagmes nominaux et verbaux. Nous essayons également de mettre en corrélation la morphosyntaxe et la distribution aréale pour un ensemble choisi d’items lexicaux.
Mots clés : langues iraniennes ; dialectes caspiens ; Mazanderan ; Jajrud ; Shemiran ; Semnan ; Shahrud ; Gorgan ; Karaj ; typology ; distribution aérale ; convergeance des langues.

• E. GRASSI, “Kokand men and women of letters who wrote both in Chaghatāy Turkish and Persian (first half of the 19th century)”, p. 227-248.
Résumé
Durant la première moitié du XIXe siècle, l’usage conjoint du turc chaghatāy et du persan était très répandu dans les milieux littéraires de Kokand. Pour la poésie, cela est avéré non seulement par le nombre élevé de recueils de poèmes (bayāż) qui nous sont parvenus, mais aussi par l’activité poétique de divers auteurs qui nous ont laissé des dīvān bilingues. Le but de cette recherche est de décrire la vie littéraire au moment de l’apogée du khanat de Kokand en présentant les écrits, aussi bien en prose qu’en vers, de certains hommes de lettres bilingues (membres de la famille dynastique, satiristes et poètes exilés), tout en tenant compte aussi de l’activité littéraire des auteurs féminins.
Mots clés : bilinguisme littéraire ; khanat de Kokand ; poètes de cour ; satiristes.

• W. FLOOR, “Johannes Lodewijk Schlimmer, and the creation of modern Persian medical terminology”, p. 249-274.
Résumé
On connaît peu la vie de Johannes Schlimmer, médecin praticien, enseignant du Dār al-Fonun de Téhéran, auteur de nombreux ouvrages médicaux en persan et important contibuteur à la création de la terminologie médicale persane moderne standardisée. Peu d’études lui ont donc été consacrées. Le présent article tente de faire la lumière sur cette figure méconnue, grâce à l’apport de nouvelles données récemment devenues accessibles.
Mots clés : Qājār ; Dār al-Fonun ; Schlimmer ; histoire médicale ; Pays-Bas.

NOTES
• R. GYSELEN, “Toponymes sassanides composés avec le terme moyen-perse win(n)ārd”, p. 277-281.
• R. SCHMITT, “Zu den Inscriptions grecques d’Iran et d’Asie centrale”, p. 283-292.

CHRONIQUE
• Symposia Iranica 2013. 1er Colloque des jeunes chercheurs en études iraniennes / First Biennal Iranian Studies Graduate Conference, par V. ALLEGRANZI, p. 295-297.

Comptes rendus, p. 301-315.
• KHOSRONEJAD, Pedram, éd., The art and material culture of Iranian Shi’ism. Iconography and religious devotion in Shi’i Islam, London – New York : I.B. Tauris – Iran Heritage Foundation, 2012 [ISBN 978-1-84885-168-9], par Yann Richard.
• ROSE, Jenny, Zoroastrianism. An Introduction, London – New York : I.B. Tauris, 2011 [ISBN 978-1-84885-088-0], par Mihaela Timuş.
• SIMS-WILLIAMS, Nicholas, Iranian Manuscripts in Syriac Script in the Berlin Turfan Collection [VOHD XVIII, 4], Stuttgart : Franz Steiner Verlag, 2012 [ISBN 978-3-515-10141-7], par Christelle Jullien.

Mots clés :