Vol. 43/1 (2014)

ARTICLES
• G. ROUGEMONT, avec une note de P. BERNARD, “Grecs et non Grecs dans lеs inscriptions grecques d’Iran et d’Asie centrale”, p. 7-39.
Résumé
Entre la fin du IVe siècle et le IIe siècle avant notre ère, les rois hellénistiques ont implanté, en Iran et en Asie centrale, des cités grecques (poleis) qui furent de vraies colonies de peuplement. Cet article recense, dans les inscriptions grecques de ces régions, les signes d’interférences culturelles ou d’osmose entre Grecs et non Grecs. Ces signes sont clairs, mais proportionnellement très peu nombreux. Dans l’ensemble, l’hellénisme affiché, dans ces documents, par les communautés grecques d’Iran est authentique, « pur » et vivant. Cela n’empêche nullement que, par ailleurs, ces communautés aient subi, dans divers domaines, l’influence de leur environnement iranien. Des parallèles contemporains peuvent éclairer cette contradiction apparente.
Mots clés : époque hellénistique ; épigraphie, hellénisme ; interférences culturelles ; Iran ; Asie centrale.

• A. AHMADI, “Old Persian duvītāparanam and Gāthic daibitānā”, p. 41-82.
Résumé
À l’encontre des analyses antérieures de la forme et du sens de ces termes, l’article montre que vieux-perse duvītāparanam et gāthique daibitā(nā) ne sont pas des adverbes de temps mais ont le sens de “à deux” ou “deux à la fois”, affirmation soutenue ici par les données tirées du védique et du moyen-perse. VP duvītāparanam est attesté dans l’inscription de Bīsotūn du roi Darius. Une analyse détaillée du passage concerné et d’autres éléments montre qu’en réalité deux maisons régnantes achéménides ont précédé l’Empire perse – ou, du moins, que c’est cette hypothèse historique qui apparaît toujours comme la plus plausible. Elle met un terme aux récentes spéculations sur le sujet et appelle à la prudence face à de tentatives de spéculation exagérée (c.-à-d. anachronique) pour combler un manque de preuves historiques. L’adverbe daibitānā ‘ensemble’ associe, apparemment de façon idiomatique, les daēva et les ‘hommes’ dans un contexte rituel. Ce groupement peut être considéré comme une base pour l’hypothèse de l’existence d’un culte masculin iranien ésotérique.
Mots clés : royauté ; Darius ; Cyrus ; histoire achéménide ; Gāthās ; daēvas.

• G. LAZARD, “La dialectologie du persan préclassique à la lumière des nouvelles données judéo-persanes”, p. 83-97.
Résumé
Les textes judéo-persans anciens sont une source importante de la connaissance des variétés de la langue commune en Iran (le persan) vers les Xe/XIe siècles. On esquisse dans cet article une dialectologie d’après l’ensemble des textes publiés, associés d’une part au Qor’ān-e Qods, traduction du Coran en persan dialectal, et d’autre part au témoignage des textes du début de la littérature. On distingue quatre dialectes, dont deux se situent dans l’ensemble méridional, dit pārsi : celui du Khouzistan et celui du Sistan, — et deux autres qui appartiennent à l’ensemble du Nord, dit dari : celui du Nord-Est, où s’est formée la langue littéraire, et celui du Nord-Ouest. Un détail phonologique suggère que le moyen-perse littéraire s’est formé (beaucoup plus tôt) au Khouzistan. Un excursus en fin d’article révèle une distinction sémantique entre mp. čîz et mp. tis, tous deux habituellement traduits « chose ».
Mots clés : dari ; dialecte ; judéo-persan ; langue littéraire ; moyen-perse ; pārsi ; persan

• C. JULLIEN, “Une question de parenté autour des rois mages”, p. 99-109.
Résumé
Une analyse d’un passage de la Caverne des trésors nous conduit à identifier la première trace remarquable d’une filiation conférée aux mages évangéliques. Cet extrait pourrait être à l’origine de la tradition des listes nominales qui se développa en milieu syriaque.
Mots clés : Mages évangéliques ; Caverne des trésors  ; filiations ; chrétiens syriaques.

• S. THROPE, “The massacre of the angels : Zoroastrian anti-Judaism and Islamic theology”, p. 111-128.
Résumé
Le Škand Gumānīg Wizār est un traité théologique et polémique zoroastrien qui fut composé par Mardānfarrox ī Ohrmazddādān au IXe siècle. Les chapitres treize et quatorze de cet œuvre conservent la polémique contre le judaïsme la plus étendue de la littérature zoroastrienne. Cette polémique se compose uniquement de citations à partir de textes ainsi que de leur critique rationaliste par l’auteur zoroastrien. Ces citations juives sont plus ou moins parallèles à des passages de la Bible et de la littérature rabbinique.
Le présent article étudie l’argumentation de Mardānfarrox contre une de ces citations juives qu’on retrouve dans le Škand Gumānīg Wizār 14:36-38. Cette citation décrit comment le Dieu juif crée chaque jour quatre-vingt-dix mille anges afin qu’ils prient pour lui et comment il les détruit tous dans un fleuve de feu à la tombée du jour. Dans son commentaire, Mardānfarrox reproche au Dieu juif son injustice ainsi que la destruction des anges.
La critique de cette citation de la part de Mardānfarrox ne peut pas être comprise seulement comme une réponse au contenu de cette même citation. En effet, elle est contingente à la théorie de la justice divine du Škand Gumānīg Wizār où elle constitue une démonstration du dualisme éthique. De plus, Mardānfarrox, à la fois dans sa critique du judaïsme et dans son explication de la théologie zoroastrienne, adopte des thèmes et des méthodes bien connus par la théologie rationaliste islamique mu‘tazilite. Tout en expliquant ces contacts, cet article prend en considération le Škand Gumānīg Wizār dans son ensemble aussi bien que dans le contexte du discours intellectuel partagé des IXe et Xe siècles.
Mots clés : zoroastrisme ; islam ; théologie rationaliste ; littérature pehlevie ; judaïsme

• N. ABE, “Preserving a Qājār estate : analysis of Fatḥ-‘Alī Khān Donbolī’s ‘property retention tactics’ “, p. 129-150.
Résumé
Cet article examine les stratégies de conservation de biens au sein de la famille par les notables locaux iraniens au XIXe siècle, en particulier celle mise en œuvre par Fatḥ-‘Alī Khān Donbolī, un notable de Tabriz. Une analyse de deux de ses inventaires personnels et d’autres matériaux d’archive révèlent qu’il utilisait une « tactique de rétention des biens » qui consistait en la prise en main des biens fonciers et immobiliers appartenant aux membres de sa famille pour leur administration de facto, et ceci sans aucun contrat légal. Ce dispositif particulier permettait de contourner les règles du droit musulman de succession et empêcher la fragmentation des propriétés familiales. Les femmes y jouaient un rôle crucial pour la préservation des richesses de la famille. Cette étude souligne aussi l’importance pour les chercheurs de ne pas se limiter aux documents juridiques islamiques (relevant de la sharī‘a) mais de les mettre en regard avec d’autres types d’archives, pour mieux comprendre la nature de la propriété dans les sociétés à majorité musulmane.
Mots clés : Tabriz ; notables locaux ; Fatḥ-‘Alī Khān Donbolī ; transfert et sauvegarde des propriétés familiales ; document sharī‘a ; droit musulman de succession.

Comptes rendus, p. 153-160
• AZARNOUCHE, Samra ; Céline REDARD, éds., Yama/Yima. Variations indo-iraniennes sur la geste mythique, Paris : Collège de France, 2012 [ISBN 978-2-86803-081-8], par Andrea Piras.
• HERMANN, Denis ; Sabrina MERVIN, éds., Shi’i Trends and Dynamics in Modern Times (XVIIIth-XXth centuries)/Courants et dynamiques chiites à l’époque moderne (XVIIIe-XXe siècles), Beirut : Ergon-Verlag, 2010 [ISBN 978-2-909961-48-, et 978-3-89913-808-5], par Mathieu Terrier.

Vol. 43/2 (2014)

ARTICLES
• J. KELLENS, « Sur l’origine des Amǝṣ̌as Spǝṇtas », p. 163-175.
Résumé
Le groupe des sept Amǝṣ̌as Spǝṇtas de l’Avesta récent n’est pas encore constitué dans l’Avesta ancien, mais ses membres sont réunis une fois dans chaque Gāthā polyhâtique, comme phase particulière du processus liturgique, sous l’intercession de certaines entités médiatrices.
Mots clés : Avesta ; Iran ancien ; zoroastrisme.

• D. AGOSTINI, E. KIESELE & SH. SECUNDA, “Ohrmazd’s Better Judgement (meh-dādestānīh) : A Middle Persian legal and theological discourse”, p. 177-202.
Résumé
Cet article présente la transcription, la traduction, le commentaire et l’analyse d’un passage rituel et théologique tiré de l’œuvre en moyen-perse Zand ī fragard ī Jud-dēw-dād qui a été longtemps négligée. Ce passage se distingue par la façon dont le texte mélange les formes théologiques et rituelles du discours tout en tenant compte des situations dans lesquelles des choses impures ou mauvaises, comme les cadavres, les loups et les péchés, entrent en contact naturellement avec des éléments purs et bons, comme l’eau, le feu et les bonnes actions. Tout en donnant l’explication de ce riche texte et de ses différents parallèles textuels, cet article envisage la valeur potentielle de recherche du Zand ī fragard ī Jud-dēw-dād, aussi bien pour les iranisants que pour les spécialistes de la littérature religieuse de l’Antiquité tardive.
Mots clés : littérature en moyen-perse ; pehlevi ; Zand ; Videvdad ; zoroastrisme ; dualisme ; théologie.

• B. BARJASTEH DELFOROOZ & S. H. LEVINSOHN, “The Third Person Singular Pronominal Clitic in Balochi of Sistan : A Progress Report”, p. 203-220.
Résumé
Dans sa première partie, cet article traite de la distribution de deux allomorphes du pronominal clitique à la troisième personne du singulier, en balochi de Sistan. Les modalités d’utilisation semblent être principalement, mais pas exclusivement, phonologiques. Quand =ī est attaché au dernier verbe d’une proposition indépendante, le référent est le sujet/agent, tandis qu’avec =ē c’est le patient (mises à part quelques exceptions dues à la variation dialectale). Il s’ensuit que quand le sujet est énoncé mais que =ī est également présent, =ī fait toujours référence au sujet et lui donne une prééminence thématique. La seconde partie de cet article discute la présence du pronominal clitique, qui communique, quand le verbe ‘dire’ (gušt=ī) est au passé, « une continuité référentielle » (Givón 1990) ; et en particulier, le processus de participation dans le rôle supposé de toute tierce personne active qui n’est pas identifiée par un nom ou un pronom indépendant dans la proposition en question.
Mots clés : langues iraniennes du Nord-Ouest ; Sistan ; clitiques pronominaux ; pragmatique de discours.

• W. FLOOR, “A Neglected aspect of the social history of the Iranian oil industry. The case of Southern Khuzestān’s early medical infrastructure”, p. 221-247.
Résumé
L’article retrace les étapes du développement du service médical de l’Anglo-Persian Oil Company (APOC) depuis ses modestes débuts en 1907 jusque vers 1950 où il compte parmi les plus modernes du Moyen Orient. La nature et l’éventail des services offerts et la distribution géographique des dispensaires et hôpitaux sont passés en revue. Il ne s’agissait pas seulement de répondre aux besoins de l’APOC mais aussi de disposer d’un outil de relations publiques destiné à renforcer la position de la Compagnie face à ses partenaires locaux et étrangers. Le service rendu n’était néanmoins pas optimal, se contentant d’un minimum, malgré le fait que l’APOC détenait la responsabilité légale de la santé publique et de l’état sanitaire dans tous les territoires de sa concession.
Mots clés : Khuzestān ; Qājār ; pétrole ; Pahlavi ; médecine ; Compagnie Anglo-Iranienne du pétrole.

• A. LEBUGLE-MOJDEHI, « La nuptialité dans l’Iran actuel. Les ajustements entre tradition et modernité », p. 249-277.
Résumé
La nuptialité en Iran se caractérise par l’universalité et la précocité de l’entrée en vie conjugale. Malgré une conjoncture défavorable (fort taux de chômage des jeunes, diminution du pouvoir d’achat des Iraniens, instruction de plus en plus élevée des femmes etc.), le régime nuptial a peu été ébranlé, les Iraniens continuent à se marier massivement et relativement jeunes. Pourtant une transition de la nuptialité est en cours : l’âge au premier mariage s’est élevé de façon significative et les femmes interviennent de plus en plus souvent dans le choix de leur conjoint. D’autres traits persistent : les unions entre les membres d’une même famille restent fréquentes. L’objectif du présent article est de présenter les modalités caractéristiques du mariage en Iran et les ajustements qui sont réalisés pour que la tradition soit maintenue dans un contexte de profonde transformation de la famille et de la société.
Mots clés : démographie ; nuptialité ; âge du mariage ; choix du conjoint ; consanguinité.

NOTE
• E. SHAVAREBI, “Some remarks on a newly-discovered coin type of Shāpūr I”, 281-290.
Résumé
Une monnaie d’or unique de Shāpūr Ier, publiée en premier par Michael Alram, est ici réexaminée sur la base de quelques aspects iconographiques et aussi d’un point de vue épigraphique, en comparant la légende de l’avers de la monnaie avec les inscriptions royales sassanides.
Mots clés : Shāpūr Ier ; Philippe l’Arabe ; inscriptions royales ; inscription de Shāpūr sur la Ka‘ba de Zoroastre (ŠKZ) ; iconographie sassanide.

IN MEMORIAM
• Moḥammad Ebrāhim Bāstāni-Pārizi [1925-2014], par Yann Richard, p. 293-295
• Richard N. Frye [1920-2014], par Frantz Grenet, p. 297-301.
Comptes rendus, p. 305-316
• ÁLVAREZ-MON, Javier ; Mark B. GARRISON, éds., Elam and Persia, Winona Lake : Eisenbraus, 2011 [ISBN 978-1-57506-166-5], par Rémy Boucharlat.
• PIEMONTESE, Angelo Michele, La Persia istoriata in Roma, Città del Vaticano : Biblioteca Apostolica Vaticana, 2014 [ISBN 978-88-210-0910-5], par Christelle Jullien.
• de SILVA Y FIGUEROA, Don Garcia, Comentarios de la Embaxada al Rey Xa Abbas de Persia (1614-1624), vols. 1-2 : Texte (éd. R. M. Loureiro, A. C. Costa Gomes et V. Resende) ; vol. 4 : LOUREIRO, R. M., et V. RESENDE, (éds.), Estudos sobre Don García de Silva y Figueroa e os « Comentarios » da embaixada à Pérsia (1614-1624), Lisbonne : Centro de História de Além-Mar, Estudos & Documentos, 2011 [ISBN 978-989-8492-08-01 ; 978-989-8492-09-08 ; 978-989-8492-03-06], par Michele Bernardini.

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