Vol. 48/1 (2019)

ARTICLES
• BEGMATOV, Alisher, “Commodity Terms in the Languages of Central Eurasia: New Interpretations from Mugh Document A-1”, p. 7-27.
Résumé
Le document A-1 est l’un des manuscrits sogdiens les moins compréhensibles du Mont Mugh. Les auteurs des éditions précédentes de ce document sont parvenus à la conclusion que les articles qui y sont mentionnés sont des pierres précieuses. Or, cette interprétation nous semble potentiellement erronée. En comparant les termes désignant les textiles, principalement dans des langues d’Asie centrale, nous concluons que le document concerne des produits textiles ou dérivés du cuir plutôt que des pierres précieuses.

• TIMUȘ, Mihaela, “Pōryōtkēšān versus kēšdārān. L’autorité religieuse contre les tenants d’autres doctrines”, p. 29-76.
Résumé
L’article propose l’analyse contrastée de deux notions, l’une désignant les autorités religieuses (pōryōtkēšān), l’autre les tenants des doctrines (kēšdārān) autres que le mazdéisme. L’investigation est menée sur la base du traité Dēnkard 3, l’un des textes théologiques les plus importants de l’exégèse mazdéenne, daté du IXe s. de n.è. Le noyau de l’article comporte l’analyse des structures des raisonnements, ici qualifiés de « binaires », utilisés à des fins tant apologétiques que polémiques. Il tente également de formuler des hypothèses en réponse à la question « qui sont les kēšdārān? » dans le cas de certains chapitres.

• OVERTOOM, Nikolaus, “Considering the Failures of the Parthians against the Invasions of the Central Asian Tribal Confederations in the 120s BCE”, p. 77-111.
Résumé
Lorsque, au milieu du IIIe siècle av. J.-C., les Parthes se rebellèrent contre l’État séleucide en s’emparant d’une grande partie du nord-est de l’Iran, ils héritèrent de la tâche difficile de surveiller la vaste frontière séparant le plateau Iranien de la steppe d’Asie centrale. Bien qu’au début des relations de coopération avec les diverses confédérations tribales dans la région aient pu être maintenues, avec l’effondrement final du royaume bactrien dans les années 130, la frontière orientale de l’État parthe, toujours plus ouverte, est devenue plus instable et, dans les années 120, des guerriers nomades ont dévasté les territoires orientaux vulnérables de l’Etat parthe, éliminant temporairement le contrôle que celui-ci exerçait sur le plateau iranien. Cet article examine la faillite des Parthes pour affronter et surmonter les obstacles rencontrés le long de leur frontière orientale dans les années 120 et réévalue les causes et les conséquences des évènements. Il conclut que les problèmes à résoudre à l’ouest et la mauvaise gestion des affaires de l’est par les Arsacides ont transformé un conflit mineur en l’une des luttes les plus couteuses et les plus difficiles de l’histoire parthe.

• LA VAISSIÈRE, Étienne de, “Al-Mu‘taṣim et l’Ayādgār ī Jāmāspīg”, p. 113-119.
Résumé
Le traité zoroastrien Ayādgār ī Jāmāspīg comporte une liste de grands personnages de l’histoire de l’Iran. Une nouvelle identification, avec le caliphe abbasside al-Mu‘taṣim et non avec Khusraw Pervez est proposée, permettant de redonner une cohérence chronologique au texte.

• DIGARD, Jean-Pierre, “Un pan méconnu de la civilisation iranienne: son «système domesticatoire»”, p. 121-142.
Résumé
Parmi les traits distinctifs de l’aire culturelle iranienne figure son « système domesticatoire ». Il s’agit de l’ensemble des animaux détenus à des titres divers, de leurs techniques de production et d’utilisation, des traitements et des représentations dont ils sont l’objet. Ce système domesticatoire se caractérise par la présence d’un noyau stable, constitué principalement des grands herbivores domestiques (bovins, camélidés, équidés, ovicapridés, avec plusieurs cas d’hybridation), de quelques oiseaux (volaille, pigeon) et insectes (bombyx), sans oublier le chien au statut ambivalent, et d’une marge plus instable où alternent disparitions (éléphant) et introductions (abeille). Tout comme la culture iranienne dont il fait partie intégrante, ce système domesticatoire tire son originalité de la situation géographique et historique de l’aire iranienne au point de rencontre des cultures arabe, indienne et turque, ainsi que des religions zoroastrienne, chiite et sunnite, et de son rôle de réceptacle et de creuset d’apports culturels venus d’Est et d’Ouest.

COMPTES RENDUS p. 145-153.

Vol. 48/2 (2019)

ARTICLES
• MIYAMOTO, Ryoichi, “Étude préliminaire sur la géographie administrative du Tukhāristān”, p. 163-186.
Résumé
En analysant les documents bactriens, on constate qu’il y avait quatre divisions administratives au Tukhāristān: le shahro, l’ōdago, le lizo et l’andago. Bien que la relation entre le shahro et l’ōdago ne soit pas claire, il est certain que le lizo et l’andago étaient des divisions administratives inférieures au shahro et à l’ōdago et qu’ils se trouvaient dans le shahro ou dans l’ōdago. Il semble que le khar, le chef local, contrôlait le shahro et que le kharagan, un aristocrate local, dirigeait le lizo. De plus, l’examen de sources chinoises et de documents arabes montre que la dynastie Tang et le califat abbasside reconnaissaient les divisions administratives locales et en ont tenu compte lorsqu’ils ont établi leurs propres structures gouvernantes.

• COURTIEU, Gilles, “La pratique du mazdéisme en Crimée selon l’Histoire Naturelle de Pline”, p. 187-193.
Résumé
L’examen d’une courte notice de l’immense Histoire Naturelle de Pline l’Ancien, qui est consacrée à des arbustes odoriférants aboutit à deux conclusions inédites. La première est d’ordre liturgique. Le roi Mithridate aurait eu besoin de branches fraîchement coupées in situ pour accomplir le culte : il ne peut s’agir que des tiges rituelles appelées ‘barsom’, dont on apprend ici qu’il est impératif qu’elles conservent quelque apparence de vie pour être valables. L’autre apport est d’ordre géographique puisqu’il prouve que le zoroastrisme était pratiqué non seulement par le roi mais aussi par les habitants de Crimée et des alentours.

• MOREEN, Vera B., “Echoes of the Battle of Čālderān: the Account of the Jewish Chronicler Elijah Capsali (c.1490 – c.1555)”, p. 195-234.
Résumé
Rabbi Elijah Capsali (m. après 1555), originaire de Candia en Crète, est l’auteur d’une chronique en hébreux, le Seder Eliyahu Zuta [L’Ordre mineur de Elijah], renfermant un récit indirect de la bataille de Čāldirān entre le Shāh safavide Esmā‘īl Ier (r. 1501-1524) et le Sultan ottoman Sélim Ier (r. 1512-1520). Cet article offre une traduction anglaise de ce passage, mettant en évidence le style et la rhétorique “bibliques” de l’auteur et en soulignant les détails qui confirment, diffèrent ou complètent les récits officiels ottoman et safavide de la bataille. Les sympathies pro-ottomanes du chroniqueur sont renforcées par les sources qu’il avait probablement à sa disposition, même si certains détails semblent totalement imaginaires. Par ailleurs, ce récit est une illustration des réactions émotionnelles contemporaines provoquées par Čāldirān et répandues dans la Méditerranée.

• (†) CALMARD, Jean, “Le voyage de Louise de la Marnierre en Iran (1836-1837): introduction, récit, notes”, p. 235-297.
Résumé
Traduction du manuscrit persan relatant les deux les voyages de Madame Louise de la Marnierre dans le Sud de la Perse, dans les années 1830. La première partie de cet article, qui retraçait la biographie de cette Française, qui vécut en Iran de 1819 à 1840, est parue sous le titre «Une dame française à la Cour de Perse: Louise de la Marnierre», par Jean Calmard, dans Studia Iranica 46/2 (2017), p. 261-311.

NOTE
• GIGNOUX, Philippe; Dieter WEBER, “Un papyrus en pehlevi égaré à la Sorbonne (Paris)”, p. 301-304.

COMPTES RENDUS p. 307-314.