Vol. 47/1 (2018)

ARTICLES
• PANAINO, Antonio, “The ‘Trepidation’ of the Sun, the 57 Years of the Resurrection and the Late Mazdean Speculations on the Apocalypse”, p. 7-50.
Résumé
Cette contribution analyse deux problèmes étroitement liés au cycle des trois fils posthumes de Zoroastre, en portant l’accent sur le troisième, le Sōšāns par excellence. Le premier thème concerne une doctrine très particulière, attestée seulement dans deux passages du Dēnkard, selon laquelle le soleil suit un mouvement ondulatoire vers le bas et le haut, de sorte que son retour à la position la « plus haute » est directement lié avec la conclusion de la lutte contre Ahreman ainsi qu’avec l’action du Sōšāns. La description de cette motion solaire implique également la présence d’autres phénomènes astronomiques marquant le début des trois derniers millénaires. Plus particulièrement, l’arrêt du mouvement du Soleil est ici décrit comme une manifestation très négative, de fait provoquée par la Druz dans sa tentative de bloquer le cours normal du temps. Le deuxième problème est celui de la référence très fréquente dans les sources pehlevies au nombre 57, qui est attribué au Sōšāns, mais aussi à un moment particulièrement significatif dans la vie de Zoroastre, et qui représenterait la période de la résurrection des morts ou le moment décisif de la rénovation complète du monde.

• KHOSRAVI, Shokouh; Sajjad ALIBAIGI, Asghar RASHNO, “The Ossuary of the Palang Gerd Fire Temple: New Evidence of Zoroastrian Funerary Practices During the Sasanid Period in Western Iran, Kermanshah”, p. 51-73.
Résumé
Les différents aspects des pratiques de l’inhumation des défunts et les cérémonies funéraires durant la période sassanide ont toujours constitués une question provocante et ont été l’objet de recherches importantes. Discuter des cérémonies funéraires et de leurs divers aspects dans la société iranienne à l’époque sassanide se révèle difficile. Notre connaissance de la société de cette époque n’est en effet pas suffisante pour proposer des explications, lorsqu’on se fonde sur les quelques textes disponibles et sur les données archéologiques limitées. Un ossuaire (astudān) récemment découvert dans le temple du feu sassanide de Palang Gerd, dans la province de Kermanshah, est présenté dans cet article, accompagné de considérations sur les aspects religieux concernant le traitement des morts à cette période.

• ZAKARIAN, David, “P‘aṙanjem and Her Husbands: A New Hypothesis on the Marriages of the Armenian Queen”, p. 75-88.
Résumé
Le présent article revisite l’hypothèse iranienne de Nina Garsoïan concernant le mariage du Arsacide roi d’Arménie Aršak II (350-368 ap J.-C.). Tout en partageant pleinement sa suggestion selon laquelle l’élite arménienne, qui était « profondément iranisée », en dépit d’être chrétienne, toujours suivit les traditions iraniennes de mariage, cet article démontre que le mariage d’Aršak avec P‘aṙanjem était conforme à la tradition du mariage stūr, au moyen de laquelle le groupe agnatique assurerait que un héritier masculin soit accouché par la veuve, la fille ou la femme nommée par les agnats de l’homme décédé. Par la suite cet héritier héritait de la propriété de l’homme décédé et préservait le culte domestique de ses ancêtres.

• ALLEGRANZI, Viola, “les inscriptions persanes du tombeau d’Abū jJa‘far Moḥammad à Ghazni (VIe/XIIe s.) : la poésie comme lieu de mémoire et d’histoire”, p. 89-118.
Résumé
Cet article a pour objet le témoignage épigraphique d’un monument funéraire de Ghazni (Afghanistan actuel), datable du début du VIe/XIIe s., qui livre le plus ancien exemple connu de la tradition consistant à inscrire des élégies persanes sur un tombeau. Une lecture croisée de ces inscriptions et des sources littéraires nous permet d’identifier le défunt, un vizir ghaznavide, et d’attribuer l’une des élégies au célèbre poète Sanā’ī (m. 525/ 1130). L’étude de ce monument apporte ainsi un nouvel éclairage sur la tradition épigraphique et sur le rapport entre poètes et mécènes en Iran oriental à l’époque pré-mongole.

• OTSUKA, Osamu, “Qāshānī, the First World Historian: Research on his Uninvestigated Persian General History, Zubdat aL-Tawārīkh”, p. 119-149.
Résumé
Il est bien connu qu’Abū al-Qāsim Qāshānī, l’historien de cour des souverains ilkhanides Ghazan et Öljeitü, affirmait être le véritable auteur de la célèbre histoire générale en persan de Rashīd al-Dīn, le Jāmi‘ al-tawārīkh. Si cette prétention a déjà été souvent discutée dans de précédents travaux, le Zubdat al-tawārīkh de Qāshānī n’a pas encore été méthodiquement examiné du point de vue de la philologie. Cet article se veut la première tentative d’une étude philologique de tous les manuscrits existants de cette histoire générale en persan. Une analyse attentive révèle que le livre fut entrepris sur ordre de Ghazan en 700/1300-1 et aussi que le second volume du Jāmi‘ al-tawārīkh fut composé en 706/1307 presque entièrement sur la base du Zubdat al-tawārīkh. Comme les événements rapportés dans le Zubdat al-tawārīkh couvrent une zone géographique plus large, le livre présente un grand potentiel non seulement pour mieux comprendre la façon dont fut élaboré le Jāmi‘ al-tawārīkh, mais aussi pour faire l’histoire des Ilkhanides.

COMPTES RENDUS p. 153-159.

Vol. 47/2 (2018)

En Hommage à Gilbert Lazard, p. 163-164 

ARTICLES
• DRAGONI, Federico, “The Oldest Attested Pāzand in the Bundahišn Text of the Munich Manuscript M51: An Orthographic and Phonological Analysis”, p. 165-199.
Résumé
Cette contribution constitue la première description complète d’une forme de pāzand, auparavant négligée, qui se trouve dans certains passages du Bundahišn transmis par le manuscrit M51. L’analyse orthographique et phonologique présentée ici se concentre sur la version pāzand du treizième chapitre de ce texte, consacré aux animaux, le plus long à notre disposition. Après une description du système de pāzandisation, une comparaison avec les techniques de pāzandization déjà connues (principalement celles des manuscrits L19 et M63) a été menée, afin de définir les caractères distinctifs de ces deux systèmes. L’analyse souligne l’importance du pāzand du Bundahišn pour la tradition de la transmission manuscrite de ce texte et pour la transmission des écrits zoroastriens en général.

• MAGGI, Mauro, “Khotanese bijs‑ and a quotation from the Vīradattaparipr̥cchā in the Book of Zambasta”, p. 201-214.
Résumé
Le khotanais tardif a les verbes ¹bijs‑ ‘verser’ < iranien *u̯ai̯ǰ‑ ‘secouer, agiter’ et ²bījs‑ ‘rentrer (dans)’ (intransitif) < iranien *u̯i̯ač‑ ‘contenir’. L’article interprète d’une nouvelle façon trois passages de deux œuvres bouddhiques et montre que le deuxième verbe existe également en vieux-khotanais et qu’il était à l’origine orthographié bijs‑. La nouvelle analyse de bijsīndä ‘elles rentrent’ dans Livre de Zambasta 2.186 est confirmée par l’identification du vers en tant que citation de la Vīradattaparipr̥cchā; biśtä ‘cela rentre’ dans Livre de Zambasta 22.110 dérive régulièrement de *u̯i̯ač‑ et appartient donc à ²bijs‑ et non à ¹bijs‑ < *u̯ai̯ǰ‑, ce qui donnerait *biśdä; et bäjsäte śtä au sens figuré ‘s’est absorbé’ dans Ratnakūṭa 142.1 correspond à l’original en sanskrit.

• AUBE, Sandra, “Le mausolée d’Āqā Shāh Bāluzāde à Āhudasht (Iran). Architecture et décors des structures funéraires dans le Māzanderān au XVe siècle”, p. 215-250.
Résumé
La région du Māzanderān conserve un ensemble significatif de structures funéraires du XVe siècle. Leur type architectural témoigne de traditions artistiques régionales très marquées. À travers une étude du mausolée d’Āqā Shāh Bāluzāde à Āhudasht, construit sous la domination des Bāduspānides, cet article souhaite restituer des jalons pour l’architecture et le décor du monde iranien du XVe siècle à travers un type spécifique de structures funéraires du Māzanderān, conjugué à des céramiques architecturales et des peintures murales inédites

• AHMED, Amr Taher, “Problèmes de nomenclature métrique dans le Nûbar du poète kurde Ehmed Xanî”, p. 251-272.
Résumé
Dans le Nûbar, manuel d’apprentissage de vocabulaire arabe et de métrique pour les enfants, le poète kurde du XVIIe siècle Ehmed Xanî fait usage d’un mètre octopartite dit mustaṭīl. Au lieu de l’identifier sous ce nom, cependant, il le qualifie de hazaj. L’auteur du plus ancien manuel de métrique kurde connu se serait-il rendu coupable d’une erreur de jugement? Le présent article est consacré à l’examen de cette anomalie. J’examine dans un premier temps les questions de terminologie relatives aux règles métriques traditionnelles, avant de me pencher sur les motifs qui permettent d’expliquer l’appellation singulière dont Xanî pare son mètre. Ce qui se découvre, au fondement de cette « erreur », n’est autre que le caractère purement théorique du mustaṭīl en arabe et en persan, et le principe de redoublement que les poètes persans avait adopté pour produire leurs mètres à huit pieds à partir de modèles arabes.

• BORJIAN, Habib, “The Caspian Dialect of Māhā”, p. 273-290.
Résumé
Le māhā’i, parlé dans le village de Māhā (Mahābād) au sud de Firuzkuh, sur les pentes de l’Alborz, est l’un des dialectes les plus méridionaux du māzandarāni, langue qui compte de nombreuses variétés. Ce dialecte, en voie de disparition, était utilisé par seulement cinq familles en 2011. Cette étude tente d’éclairer certains aspects méconnus du māzandarāni, en esquissant une grammaire du dialecte māhā’i, avec un intérêt particulier pour ses caractéristiques typologiques.

IN MEMORIAM
• Gilbert Lazard (1920-2018), par Y. Richard, p. 293-299.
• Ehsan Yarshater (1920-2018), par P. Huyse, p. 301-306.

COMPTES RENDUS p. 309-316.