Vol. 46/1 (2017)

En hommage à notre collègue et ami membre du comité de rédaction Jean Calmard, 19 décembre 1931, Paris – 2 mai 2017, Paris, p. 7-8.

ARTICLES
• SINISI, Fabrizio, “A Seal Imprint from Old Nisa and the (Apollonian) Iconography of Mithra”, p. 9-30.
Résumé
Cet article est consacré à une nouvelle étude de l’empreinte d’un sceau provenant de l’ancienne Nisa/Mithradatkart, où l’on reconnaît une divinité ayant les traits d’Apollon. Nous suggérons que l’image d’Apollon est ici utilisée pour représenter le dieu zoroastrien Mithra. D’autres images rapportables à Apollon sont également analysées dans le but de retracer le développement iconographique des traits solaires de Mithra.

• VIREDAZ, Rémy, “Trois étymologies ossètes: rasyg, ævzist, ærx°y”, p. 31-48.
Résumé
1. Ossète rasyg/rasug ‘ivre’, hongrois részeg ‘id.’, ne sont pas d’origine finno-ougrienne, mais remontent à un vieil iranien *frāsūka-, du verbe *fra-sū- ‘gonfler’, cf. vieil indien ŚAVI. Il s’agira d’un emploi métaphorique de ‘gonflé’ au sens ‘plein’. La question d’une parenté avec les mots védiques plā́śuka- (sens incertain) et prā-śū- ‘plus fort’ est laissée ouverte.
2. Ossète ævzist/ævzestæ ‘argent’ < alain *azwēst(a) ne peut guère être apparenté ou emprunté au vieux slave dzvězda ‘étoile’ ni s’analyser en *ịz-wahištā vel sim. Il semble en revanche possible de le tirer du grec ἄσβεστος ‘qui ne s’éteint pas’, bien que le lien sémantique soit hypothétique.

3. Ossète ærx°y/ærxi ‘cuivre’, avec sa correspondance phonétique unique, reflète vraisemblablement le vieil iranien *xruwant- ‘sanglant’, par un proto-ossète *arxuw/*arxiw. Le vieil adjectif aurait d’abord pris le sens ‘rouge’.

• MAHENDRARAJAH, Shivan, “Tamerlane’s Conquest of Herat and the ‘Politics of Notables’”, p. 49-76.
Résumé
Jean Aubin (1963) a analysé «comment Tamerlan (Temür) prenait les villes». Cet article porte la question plus loin en se focalisant sur les actions des notables (a‘yān) du Khurasan, et notamment de Hérat, en face de la menace existentielle posée par Temür. Boaz Shoshan (1986), avec sa «politique des notables», offre un cadre analytique pour cette étude. Menés par les soufis, Zayn al-Dīn Taybādī et les héritiers de Aḥmad-i Jām, les notables communiquaient en secret avec Temür pour lui offrir leur soutien dans sa conquête du Khurasan. Ils craignaient que la décision prise par le souverain Kart de résister à Temür, mènerait aux pillages et à la ruine, comme cela avait été le cas avec Gengis Khan en 619/1222. De plus, en pressentant la chute des Karts, les soufis de Jām étaient à la recherche d’un nouveau mécène en la personne de Temür. Taybādī et le vizir kart, Mu‘īn al-Dīn Jāmī, ont largement contribué au plan de faire capituler Hérat et d’attirer Temür vers le culte du personnage saint d’Aḥmad-i Jām. Leurs lettres à Temür, ainsi que l’hagiographie de Taybādī permettent de voir comment les a‘yān ont agi face à une crise, préservé le bien-être commun et prévenu un «massacre général» (qaṭl-i ‘āmm).

• BHALLOO, Zahir, REZAI, Omid, “A Sharī’a Court Document from Neyrīz, Fārs (1303/1886)”, p. 77-106.
Résumé
Cet article constitue une étude préliminaire de la manière dont un tribunal chiite imamite de l’Iran qājār (1796-1925) promulgua une décision juridique, notamment dans un procès relatif aux biens religieux (vaqf). Après avoir dressé un état des lieux des recherches sur les documents juridiques de l’Iran qājār, nous étudierons comment le scribe d’un tribunal chiite imamite de Neyrīz, petite ville de Fārs (sud-ouest de l’Iran), enregistra le déroulement d’un procès autour d’un vaqf sur un document en coton. Ensuite, à travers une analyse comparative entre le document du tribunal de Neyrīz et quelques documents juridiques qājārs déjà édités, nous distinguerons la décision d’un juge prononcée suite à un procès, de son attestation notariale d’une prétention basée uniquement sur la preuve d’une partie. Nous démontrerons que les pratiques scribales du tribunal de Neyrīz ne laissent aucun doute sur le fait que le juge trancha le litige après avoir examiné les éléments de preuve des deux parties au procès. Cela fut fondamental pour assurer la clôture du procès dans le système judiciaire qājār décentralisé. L’article se termine avec une édition et un facsimilé du document du tribunal de Neyrīz.

• ABAÏ, Andia, RINGGENBERG, Patrick, “Mashhad décrite par les voyageurs occidentaux avant l’époque pahlavi. Un bilan”, p. 107-123.
Résumé
Cet article dresse un bilan des témoignages des voyageurs occidentaux (militaires, diplomates ou écrivains), anglophones pour la plupart, qui, dans leurs récits, ont évoqué Mashhad, cité de pèlerinage du Khorāsān iranien accueillant la tombe du VIIIe Imam chiite, ‘Ali al-Reżā. Embrassant la fourchette 1404-1907, il se concentre en particulier sur les témoignages du XIXe siècle, en relevant à la fois les qualités et la pertinence des témoignages relativement à tel sujet, et leurs limites historiques, littéraires et subjectives. Il ressort que, en dépit de leur vision nécessairement fragmentaire et contextuelle, leurs descriptions de la ville et de ses activités fournissent des informations précieuses, souvent circonstanciées et détaillées, également évocatrices et stimulantes.

• ĀYATI, Akram, TALĀI, Mehrnāz, “L’épanouissement du postmodernisme en Iran à travers l’œuvre de Moḥammad Ḥasan Šahsavāri”, p. 125-142.
Résumé
La réception tardive des romans postmodernes américains et français explique bien le retard de la littérature persane d’engendrer les œuvres, reflétant l’univers postmoderne où l’homme se trouve sans repère. Malgré les efforts des jeunes écrivains, il paraît que leurs œuvres – dites postmodernes – ont à peine réussi à mettre en œuvre les caractéristiques du roman postmoderne et ces derniers restent plutôt une imitation formelle des œuvres étrangères. Le présent article a pour objectif de suivre l’avancement de ce courant littéraire dans la littérature persane et de montrer, à travers l’une des œuvres de Moḥammad Ḥasan Šahsavāri (1971), intitulée La Nuit possible (Šab-e momken), comme un exemple réussi de ce genre, comment les traits caractéristiques du postmodernisme surgissent dans le roman persan et dans quelle mesure l’œuvre de Šahsavāri s’inscrit dans la lignée de la littérature postmoderne. Nous essayerons d’expliquer les mécanismes que l’écrivain met en action – sur le plan narratif autant que sur le plan contextuel socio-culturel – pour que cette œuvre puisse apparaître à la lignée des œuvres postmodernes.

COMPTES RENDUS p. 145-154.

Vol. 46/2 (2017)

ARTICLES
• POTTS, D., “Partia Persorum, India Dimirica-Evilat and Idia Thermantica-Elamitis in the Cosmographia of Ravennas Anonymous”, p. 163-192.
Résumé
La présente contribution analyse les toponymes en rapport large avec la sphère iranienne (à l’exclusion de l’Asie centrale) qui sont répertoriés dans la Cosmographia du Géographe Anonyme de Ravenne. Les indentifications antérieures sont réexaminées et évaluées. Sur la base des identifications toponymiques les plus probables, on étudie la logique interne des séquences des toponymes, puis on compare ces séquences avec ceux présents dans la Tabula Peutingerina, plus ancienne que la Cosmographia.

• COURTIEU, G., “L’Arc des Arsacides en dépit du bon sens”, p. 193-203.
Résumé
L’étude souhaite montrer que la figure de l’Archer Royal, omniprésente sur le monnayage arsacide, devrait aussi être observée sous son aspect technique : tout d’abord, par la forme de l’arc, qui le plus souvent correspond à un modèle asymétrique dont il faut expliquer l’emploi; ensuite, par la manière de prendre l’arme. L’archer la maintient par une branche, en déséquilibre, corde vers le haut, ce qui est une posture qui n’a d’autre explication que celle d’une vérification de l’arc composite, en prenant en compte le repère de la corde.

• DICKENS, M., “Syriac Inscriptions near Urgut”, p. 205-260.
Résumé
This article examines a collection of inscriptions in Syriac script left by Christians on the cliffs near a recently excavated church building located near Urgut, Uzbekistan. The text and translation of more than 160 inscriptions are given. The vast majority of these are onomastic in nature. The article concludes with a discussion of the names involved, which reflect the cultural melting pot that was medieval Central Asia.

• CALMARD, J., “Une dame française à la cour de Perse: Louise de la Marnierre (Paris, 1781-Shiraz, 1840)”, p. 261-311.
Résumé
La présence à la BnF d’un manuscrit persan anonyme relatant un voyage dans le sud de la Perse, fait dans les années 1836-37, par une dame française a longtemps intrigué les chercheurs. J’ai pu identifier cette personne, souvent désignée sous le nom de « Madame de la Marinière », comme étant, de son vrai nom, Louise Phélippes de la Marnierre (1781–1840). Elle fit preuve d’actes de dévouement et de bravoure et effectua, à ses frais, un voyage archéologique épuisant. Ce n’est qu’à partir de la brève mission diplomatique du Comte de Sercey (1839-40) en Perse que l’on trouve des témoignages en français sur cette dame qui alla mourir à Shiraz sans avoir reçu le moindre secours de la France. On lui attribue cependant le maintien de la présence française en Perse, en l’absence de représentation diplomatique. Cet article est un essai biographique sur cette dame dont on ignore pratiquement tout de son enfance, de son adolescence et des années d’errance qui précédèrent son arrivée à Tabriz en 1819, où son mari napolitain, le Dr Castaldi, mourut en 1820. La documentation est donnée en Annexe : témoignages, noms de personnes, généalogie, portrait hypothétique, documents d’archives.

IN MEMORIAM
• Jean Calmard (1931-2017), par M. Szuppe, p. 315-318.

COMPTES RENDUS p. 321-326.

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